Mille librairies

Selon la formule consacrée, nos livres sont disponibles dans toutes les bonnes librairies. Et grâce à la loi sur le prix unique du livre, il y a en France un tissu aussi riche que varié de librairies indépendantes de grande qualité. Ce sont ces librairies que nous avions envie de vous faire découvrir ici – dans une sorte de promenade où l’on rencontrera des personnalités bien trempées et des espaces singuliers où trouver son bonheur… de lire.

Coups de cœur des libraires

La Sirène d’Isé « Le coup de cœur de la rentrée d’hiver, et peut-être bien de l’année 2021 !Pour Livresse la publication d’un nouveau roman de Hubert Haddad est toujours un événement particulier, le souffle du poète-écrivain qui passe la porte et se répand partout dans la librairie comme un doux et joyeux vent d’été.       Non seulement La Sirène d’Isé n’y fait pas exception mais il transporte avec lui la lumière du soleil que l’écriture somptueuse, riche et soigneusement ciselée de Hubert Haddad, reflète à chaque page, à chaque ligne. Attendez la toute fin, mais quelle merveilleuse phrase de cet auteur « magnifique », qui résume le chemin singulier de la métamorphose du monde !          Le monde de Malgorne, fils sans père – sourd, et donc muet - de Leeloo, femme lumière, éphémère mais présente partout, comme l’ombre sans nom qui la poursuit, ce monde est aussi celui du domaine des Descenderies – ancienne clinique psychiatrique - sur les falaises de la baie d’Umwelt, et de son labyrinthe d’arbres géants « construit » par le Docteur Riwald selon un schéma arithmétique afin que personne n’en trouve la sortie s’il n’est musicien averti… ou Malgorne lui-même.      Ce monde est aussi celui où Malgorne rencontre Peirdre, jeune fille solitaire aux regards ouverts sur l’océan d’où son père absent l’appelle, ainsi que Miranela son amie d’enfance.   Cernés par des personnages eux-mêmes hors du commun, tous deux seront à la fois objets et sujets du monde qui se transforme, du « milieu » (Umwelt) dans lequel ils « deviennent », qui emportera tous les personnages ayant participé à son façonnement, dans des destins divers formant monde eux-mêmes. » Librairie Livresse - Villeneuve-sur-Lot
Au nord du monde « Formidable roman d'anticipation, dystopie haletante, western mené de main de maître, Au nord du monde est tout cela à la fois et bien plus encore ! Un texte salué notamment par l’écrivain japonais Haruki Murakami, auteur d’une postface à l’ouvrage. Un petit bijou des belles éditions Zulma !Makepeace vit seule dans une ville abandonnée du Grand Nord. Ses parents y avaient élu domicile des années plus tôt afin d’échapper aux villes tentaculaires et de renouer avec une existence simple et proche de la terre. Mais les guerres, les famines et les cataclysmes les ont rattrapés et Makepeace s'est retrouvée seule. Bousculée par la vie, profondément meurtrie, c’est au plus sombre du désespoir qu’elle entraperçoit une lueur d’espoir, une lueur de vie : un avion qui survole la région. Symbole d’un ailleurs possible, d’une vie différente, cet avion est pour Makepeace un déclic. Elle décide alors de prendre la route pour voir ce que cet ailleurs pourrait bien lui réserver. C'est le début pour elle d'un voyage dont elle ne sortira pas indemne, semé d'embûches, de violence et de dangers. De la petite ville à la population sous le joug d’un prédicateur à la colonne d’esclaves enchaînés marchant péniblement vers un travail rude et exténuant dans une ferme, Makepeace devra redoubler de ruse et de courage pour échapper à l’oppression et recouvrer sa liberté. Son expérience dans « la Zone », où d’étranges objets doivent être récupérés, sera déterminante pour son destin. Fils de l’écrivain-voyageur Paul Theroux, Marcel Theroux nous livre ici son premier roman. Documentariste, il a notamment beaucoup voyagé en Russie, dans le Nord de la Sibérie, et s’est également rendu aux confins de l’Arctique, en avion et en traîneau. Inspiré de ces voyages, Au nord du monde a aussi été imaginé par l’auteur après un séjour en Ukraine, réalisé en 2020. Lors de ce voyage, Marcel Theroux a rencontré Galina, une femme qui vivait avec sa mère dans la zone d’exclusion de trente kilomètres autour de Tchernobyl. Elle y vivait en travaillant dans une ferme de la zone, chargée d’observer les effets de la radioactivité sur les animaux et les récoltes. Les paysages observés et les rencontres effectuées lors de ces voyages ont donné matière à l’écrivain. Le réchauffement climatique est également au cœur des préoccupations du documentariste qui a enquêté sur notre dépendance aux énergies fossiles et sur l’énergie nucléaire. « Et je me suis mis à voyager dans un monde où l’existence de Galina était un aperçu, non plus du passé de mes ancêtres, mais de l’avenir de mes enfants. Et c’est ainsi que ce livre a commencé. » Et quel livre ! Un immense roman incarné par son incroyable héroïne, une femme a laquelle on s’attache dès les premiers instants de lecture pour ne plus la lâcher ! » Marianne, librairie Les Lisières - Villeneuve d’Ascq
El Edén « [Un grand roman mexicain] La narration de ce roman-là c’est de transvaser la tragédie collective dans l’intimité, un peu comme essayer de faire rentrer l’encyclopédie sur une carte postale, ça déborde de partout, ça fait sauter les sang, ça pousse à vouloir s’extraire, deux hommes parlent dans un bar, la nuit, Dario et son ancien prof de littérature, ils viennent d’El Edén, petite ville mexicaine, deux hommes dans un bar quand ça se met à vider des seaux de bière et des rhum-glaçons ça se raconte pas mal de choses, sans les filtres du jour, ça fait des souvenirs qui remontent à la surface et qui viennent claquer sur le comptoir, El Edén c’est l’histoire d’un siège brutal, violent, sanglant, c’est des factions armées qui snipent, qui coupent des têtes, dénuées de toute morale, c’est comme un règlement de comptes où tout le monde passe à la caisse, les innocents comme les assassins, Dario il est parti chercher son frère malgré le couvre-feu, avec sa nana la belle Norma, et ce qu’il se passe dans les rues, ce qu’il voit ça ne se raconte pas sans avoir cette impression de crever dans soi, Dario et son ancien prof c’est des hommes dévastés, meurtris par l’événement, c’est des gueules qui absorbent l’alcool comme un médicament, El Edén se lit à la manière d’une confession erratique, faite de chair, de sang et de trouille, El Edén c’est un roman qui te mange de l’intérieur, qui te fait battre le cœur comme le tic-tac d’une bombe, ça t’emballe et ça te secoue, El Edén te laisse comme ça, sur le carreau, pantelant, hagard, avec des résidus de folie qui te coursent le sang, parce que l’écriture est puissante, parce que l’écriture est celle d’une tragédie humaine, une force de frappe qui n’attend rien d’une respiration, elle est LA respiration, ton souffle, rares sont ces romans qui peuvent de cette façon appréhender un monde et une société gangrenée par la violence tout en donnant voix aux belles personnes, parce que même si rien n’est épargné, il reste que l’amour existe, que l’amitié et la fraternité sont invincibles, El Edén c’est beau et douloureux, pénétrant et fougueux, il est tout simplement un grand grand roman mexicain, merci.Bang bang ! » Fabien Bernier, librairie Decitre - Grenoble