« Derrière Charrue tordue plane l’ombre du grand Jorge Amado, porte-parole des hommes et femmes du Nordeste brésilien qui suaient sang et eau pour survivre et enrichir de puissants propriétaires terriens. Itamar Vieira Junior, à son tour, dans un récit vibrant, plonge son lecteur au cœur d’une des fazendas du Sertao, encore nombreuses au milieu du siècle dernier. Ces terres ingrates étaient cultivées par des communautés afro-brésiliennes descendantes d’esclaves autorisées à les habiter sans jamais pouvoir y devenir propriétaires en échange d’un travail harassant et peu lucratif. Aboli, l’esclavage… ? Dans la fazenda d’Aqua Negra, deux sœurs, Bibiana et Belonisia, à la faveur d’un moment d’inattention des adultes, découvrent ce que cache la vieille valise de leur grand-mère : un sublime couteau à manche d’ivoire. Cet objet précieux et énigmatique scellera leur destin puisque l’une des deux, en se blessant, perdra sa langue et la parole. Tragédie hautement symbolique dans une communauté où savoir et traditions se transmettent uniquement par la parole mais où l’on subit en silence la misère, la domination ou la main trop leste d’un mari. Acte fondateur puisqu’il amorce une vie où toutes deux, chacune à sa manière, chercheront à s’affranchir du joug conjugal ou sociétal : l’une en menant une vie solitaire et indépendante au plus près de la nature, l’autre, en s’éloignant quelques années de la fazenda, de ses rites ancestraux et éculés à ses yeux pour revenir, instruite et prête à mener combat pour les siens. Dans une langue qui allie réalisme et poésie, qui confronte le monde des traditions et des esprits à la dure réalité d’un pays en mutation, Itamar Vieira offre à ces deux sœurs et à leur communauté dont lui-même est issu une prise de conscience sociale, un refus de la soumission, l’honneur de pouvoir enfin relever la tête. A travers l’histoire de ce couteau, dont le mystère ne sera dévoilé qu’à la fin du livre, l’auteur fait un habile parallèle avec le Brésil contemporain et livre un roman bouleversant dénué de toute idéologie, humain tout simplement. »
Librairie Le Carnet à spirales à Charlieu
