« L’écriture de Mercè Rodoreda a la douceur d’un matin d’été où les rayons du soleil baignent l’herbe grasse en pointillé au travers des feuillages. Le jardin, personnage du roman, souffle organique vibrant, nous enveloppe de ses parfums surannés de vacances bourgeoises. Et la tension qui monte, lentement, presque insidieusement, c’est le bleu tranchant des ciels d’août, implacable, déterminé. Tout fait appel à nos sens, dans une forme de retenue touchante. Il y a de l’émotion, mais rien ne déborde jamais, on sait se tenir, et c’est cette pudeur qui nous serre le cœur.
Que dire alors de plus si ce n’est que Le Jardin sur la mer est un précieux écrin, témoin d’une époque révolue. Que la rigueur des tabliers amidonnés côtoie la nonchalance des après-midis passés à peindre, à faire du cheval, mais que les chagrins y sont vifs bien qu’éphémères. Maîtres et domestiques, petites gens, aubergiste, on naît on se marie on meurt et la mer balaie tout cela de son ressac entêtant. Tout passe, tout refleurit, on ne garde en soi que les souvenirs poudrés des étés disparus. Un grand texte donc, et délicat, si délicat. »
Solveig de la librairie La Nuit des temps à Rennes