« Si le lecteur cherche dans G.-O. Châteaureynaud le thème dominant de la plupart de ses onze nouvelles, la mort s’imposera avec évidence. De l’horreur de la machine à s’autofusiller – avec coup de grâce garanti – à la résurrection des êtres chers, animaux compris, grâce à l’appareil à les extraire de la mémoire, le funèbre se décline à toutes les couleurs de l’arc-en-ciel. Plus les teintes violentes de l’orage sous lequel court une ancienne actrice, défigurée par la foudre, qui voudrait jouir de nouveau du fulgurant et transperçant éclair.

Une infime mésaventure, une bizarrerie, un incident, et voici notre vie qui dérape ou qui s’emballe. Du côté du fantastique, d’un absurde mortifère. Une clé cassée dans la serrure, la rencontre brutale avec une jeune fille lancée sur une patinette, et vous voilà à la merci des sœurs Ténèbre. Un tour d’auto tamponneuse pour se rappeler le bon temps où vous étiez célibataire, où votre épouse ne commençait pas ses scènes de ménage par “Et d’abord…” et ne les finissait pas par “…voilà !”, et la fête foraine vous propose une interprétation libre et sanglante du grand amour. Par maladresse une prostituée de grand luxe dénoue le turban qui cachait un tatouage sur son front, son client ne désirant plus alors s’approprier que l’explication ô combien romanesque de cette marque, non d’infamie, mais d’immortalité.

L’imagination de G.-O. Châteaureynaud (prix Renaudot 1982 pour La faculté des songes, Grasset) est flamboyante et glacée comme l’enfer. Mais tous les diables ne sont pas des exterminateurs. L’écrivain fréquente aussi les diablotins, les farceurs. L’humour pousse les feux. L’homme que sa femme a quitté parce qu’elle en a eu marre de vivre avec la quinzaine de ressuscités qu’il lui a imposés a enfin trouvé le moyen de se débarrasser de ces spectres de plomb dont il ne supporte plus les marottes ni la présence. Rire noir, c’est toujours rire. »

Bernard Pivot, Le Journal du dimanche