« Très tôt, mes rêves ont habité des lieux étranges. Le silence du fond d’une grotte où la lumière du dehors se réverbère sur les parois rocheuses. Il m’arrivait enfant de fermer les yeux et de me retrouver dans cet antre. Une joie m’envahissait. C’était donc cela la paix. Un univers juste derrière les paupières qu’il suffisait de fermer pour y voyager. Séjourner dans ses prairies, marcher au bord de ses lacs. Se sentir léger, voler, se dissoudre. Un jour, je me rendis compte, émerveillé, que cet univers réapparaissait dans la solitude d’un livre, que grâce à ses pages je pouvais voyager les yeux ouverts, assis sur une chaise en rotin dans la véranda, devant la haie de citronnelle que ma mère avait dressée. »

Felwine Sarr, Les lieux qu’habitent mes rêves