« Les gyrophares des voitures de police jetaient des lueurs dans la pénombre d’un matin d’hiver. On repêchait un cadavre de la Seine. Le long du pont au Double, les passants s’attroupaient malgré le froid intense, silencieux, guettant les eaux noires. Quand le corps encordé fut hissé à quai, Emmanuel ne put résister à la curiosité. Il se faufila jusqu’à l’escalier de pierre et montra sa carte de presse aux agents qui faisaient barrage. Le noyé gisait, les bras en croix sur le bitume. L’officier qui venait de guider la manœuvre braqua le faisceau d’une lampe torche sur la face ruisselante et s’exclama, à l’adresse des uniformes bleu nuit.
— Encore un Arabe qui ne savait pas nager ! »
Hubert Haddad, Les Derniers Jours d’un homme heureux
