| « Un diable ne fait pas
l'enfer », dit un proverbe napolitain, mais le moindre porche d'église,
le plus secret détail d'un Giorgione ou d'un Titien nous restituent
l'Italie tout entière. L'histoire du monde n'y est pas seulement «
écrite en ruines », mais en d'infinies rêveries que l'architecture, la
musique, la littérature et toutes les complications des mœurs, des
mythes et de l'art exaltent en un délire harmonieux de chefs-d'œuvre.
Prenons la Sérénissime, « ce morceau d'orient tombé là » (Nietzsche),
la ville onirique et sensuelle de Zorzi Baffo et de Casanova, la plus
prodigue en concrétions géniales, en spectacles, en vertiges
esthétiques. « N'est-ce pas, en effet, ici un lieu étrange par sa
singulière beauté? Son nom seul provoque à l'esprit des idées de
volupté et de mélancolie. Dites : Venise, et vous croirez entendre
comme du verre qui se brise sous le silence de la lune.... » écrit
quelque part Henri de Régnier. « Du voyage qu'il aura effectué dans la
capitale de la couleur mouvante, le lecteur, on l'aura deviné, tirera
de multiples jouissances » nous prévient Alain Buisine , l'un des grands
spécialistes du sujet, en historien d'art et en mythologue
passionné. Mais l'Italie c'est aussi, à l'antipode, l'âpre et
envoûtante Sardaigne d'un Francisco Masala , porte-flambeau tragique de
la nouvelle génération, d'un Salvatore Niffoi ou d'un Sergio Atzeni . Il
y a un génie italien de la dispersion et de la réverbération mélodiques
lié à son histoire tout en strates, en temps divers et enlacés, en
brusques accélérations que la littérature ne cesse de nous dévoiler.
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