Ensemble de contrées, de
peuples, de cultures et de langues déployés en Asie orientale depuis
quatre millénaires, entre Empire céleste et République socialiste, la
Chine est la plus vieille civilisation qui perdure, de manière certes
mouvante, par-delà les révolutions et les extinctions d'empires. Un
cinquième de la population mondiale est chinoise sur un territoire à
peu près vaste comme l'Europe. Sur fond de confucianisme, de
bouddhisme, de taoïsme, voire de cet amalgame contrarié qu'est le
maoïsme, cette démesure offre pourtant une littérature étonnamment
singulière, depuis les grandes œuvres fondatrices comme le Zhuangzi ou le Yi King ,
livre des mutations révéré par Confucius. La classe des Lettrés mêlant
philosophes, historiens et poètes règne avec des pinceaux sur les
destinées mythiques de l'empire du Milieu. D'origine tibéto-birmanes,
les langues chinoises, à commencer par le mandarin, langue officielle
désormais la plus parlée au monde, sans oublier le cantonnais, le gan,
le min, le hakka et d'innombrables dialectes vivaces, nous parviennent
illusoirement d'un seul tenant, à travers ce foisonnement lexical
d'idéogrammes que le traducteur tente de plier aux inspirations
cartésiennes du français. Pourtant nous retrouvons intacte la saveur de
la Chine, mélange de sagesse immémoriale non dualiste et d'instants
charnels comme suspendus, dans tel recueil de maximes rédigé à la fin
de la dynastie des Ming, Propos sur la racine des légumes de Hong Zicheng, tel récit très contemporain témoignant des horreurs du «goulag» chinois avec Les nuages noirs s'amoncellent dont
la genèse se révèle éminemment romanesque (une jeune étudiante
rencontre un vieux professeur rescapé des camps qui rédige avec son
aide des Mémoires impubliables en Chine...), ou encore les Nouveaux principes de politique
de Lu Jia (traduits par Jean Levi) extraordinaire rencontre des
principes confucéens et taoïstes au service du pouvoir par une sorte de
Machiavel chinois à la solde du premier Empereur des Han.
Taiwan, années cinquante. Une jeune paysanne et son fiancé, amoureux et fidèles, se retrouvent déchirés par la conjonction fatale de la maladie, de l’engagement politique et de la jalousie.
Guo Songfen, né en 1938 à Taipei, est mort à New York en juillet 2005. Il appartient au « groupe moderniste » de Taiwan avec Wang Wenxing (La Fête de la déesse Matsu, Zulma, 2004), Bai Xianong, Cheng Ruoxi ou Li Yu qu’il a épousée. Devenu enseignant à l’université de Taipei, il prend part à diverses activités théâtrales, critiques et cinématographiques.
En 1966, il se rend aux États-Unis et obtient un diplôme de littérature comparée à Berkeley. Ses engagements politiques vont le rendre indésirable à Taiwan. Il finit donc sa vie en exil, en se consacrant à l’écriture. Guo Songfen est traduit pour la première fois en français