Un jour de printemps, Michaï, vieux musicien ambulant rescapé des camps, se retrouve devant la gare de Bobigny. Un campement de Tziganes vient d’en être expulsé pour les commémorations de la déportation. Le vieil homme y rencontre un petit garçon en quête des siens, Nicolaï…
C’est du point de vue de l’enfance que les nouvelles de
Vent printanier (nom de code de la rafle du Vel’ d’hiv’) évoquent l’épouvantable connivence de Vichy avec la « solution finale ».
De retour sur les lieux de l’impensable, Hubert Haddad écrit ces histoires vraies de tout leur poids d’imaginaire, vraies des milliers de fois hier à Drancy ou ailleurs, et aujourd’hui comme en filigrane dans les regards effrayés des exclus sur un monde en lente perte d’humanité.
La rafle du Vel' d’hiv' des 16 et 17 juillet 1942 avait pour nom de code « Opération Vent printanier ». Sur ordre du gouvernement de Vichy, policiers et gendarmes français arrêtèrent à leur domicile quelques treize mille hommes, femmes et enfants, dès les premières heures de l’aube. Internés au vélodrome d’hiver et au camp de Drancy, ils furent tous déportés à Auschwitz-Birkenau dans les jours ou les semaines qui suivirent, puis en majorité exterminés et brûlés.Ce que la fiction suggère ici, soixante-cinq ans après la Libération, c’est la rencontre salvatrice d’un vieil homme rescapé des camps de la mort avec l’enfant qu’il était alors, si semblable aux enfants d’aujourd’hui, tziganes ou immigrés, à tous les enfants persécutés dans le monde.
L’auteur de
Vent printanier nous rappelle incidemment que le
devoir de mémoire incombe en priorité aux adultes avertis que nous sommes – a fortiori aux gouvernants et aux fonctionnaires malades de contrôle ethnique ou d’identité nationale –, afin que nous n’ayons jamais à reproduire les conduites aberrantes des années brunes.
C’est du point de vue de l’enfance que les quatre nouvelles de ce recueil évoquent l’épouvantable connivence des camps français d’internement et de la solution finale, mais aussi l’occasionnelle complicité des populations civiles avec les assassins. Dans la nouvelle-titre, un vieux musicien klezmer ambulant se retrouve, un jour de printemps 2009, devant la gare désaffectée de Bobigny de sinistre mémoire. Un campement de Roms vient d’en être expulsé
manu militari par la police pour faire place nette en prévision des commémorations annuelles de la déportation. Le vieux juif y aperçoit, errant sur les voies désertes, un enfant tzigane en quête des siens qui lui évoque immanquablement le fond dramatique de sa propre existence.
On trouve ailleurs d’autres vieilles gens et d’autres enfants. Les derniers rescapés encore en vie, en ce début du XXI
e siècle, étaient pour la plupart enfants au temps de l’Occupation. A Mauthausen, en février 1945, à quelques mois de la libération du camp par les Américains, quelques centaines de prisonniers russes, polonais ou yougoslaves détenus au block 20, s’évadent dans l’espoir d’échapper à leur élimination programmée derrière les murs électrifiés et les miradors : l’opération « Chasse aux lièvres » verra la population de la région dite des Moulins prêter main forte à la police autrichienne avec des fusils de chasse et des manches de pioche. Un grand vieillard collectionneur de trains miniatures se souvient un demi-siècle plus tard d’un petit lapin clandestin…