Mehdi a dix-huit ans. Parti en moto pour passer quelques jours en Bretagne, il est victime d’un accident mortel sur le périphérique.
C’était un jeudi de l’Ascension.
Quinze ans après, sa mère se souvient. Elle écrit, presque d’une traite, le récit de ce deuil qui commence, aux côtés de sa fille Anne et de quelques proches. Il lui faut surmonter la douleur des jours, des mois et des années, l’indicible, le malheur absolu, une vie pour toujours « à cloche-pied ».
Marie-France Rémond dit avec une pudeur extrême la souffrance d’une mère qui perd son fils, le manque viscéral qui ne sera jamais comblé et toutes les « folies terriblement humaines » que l’on peut commettre pour trouver un tant soit peu de paix.
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Marie-France Rémond à propos de Son dernier sourire :
L’idée même d’écrire un livre ne m’avait jamais effleurée. Du moins, CE LIVRE-LÀ.
Ce que je peux dire, c’est qu’il a été écrit dans un état de souffrance indescriptible. J’avais en tête d’écrire l’histoire d’une femme qui, ayant perdu son enfant, décidait de quitter famille, travail, etc., et se réfugiait dans un parc d’attraction. Nous voulions, un ami et moi, écrire le scénario d’un téléfilm.
Cela se passait en mai 1999. J’avais cette idée de scénario que je voulais lui soumettre. Je tournais et retournais cette idée dans ma tête lorsque le jour anniversaire de l’accident de mon fils est arrivé. (...) A contrecœur, je me suis installée devant mon ordinateur et j’ai commencé à écrire. Les mots venaient d’eux-mêmes, comme si mes doigts n’étaient que des instruments. Je ne peux pas vous dire si je comprenais ce que je tapais. Tout ce que je sais, c’est que j’étais dans une sorte de transe bizarre et que je pleurais toutes les larmes de mon corps.
Deux heures après, j’en étais arrivée à une trentaine de pages. Je n’ai rien relu.
Je suis allée le lendemain au journal, j’ai montré ces quelques pages à cet ami qui a paru bouleversé. Il m’a dit : « Mais ce n’est pas un synopsis, c’est un livre. Tout y est. Il faut que tu continues. Je ne peux pas me mêler de ça. » J’étais surprise et incrédule. Il a insisté. (...) Alors j’ai continué. En juin tout était terminé. Je n’ai rien retouché. Ou presque. Je ne vois pas comment je pourrais dire tout ça autrement. Les mots me manquent.
(...) Je n’ai aucun conseil, aucune recette à donner aux parents qui vivent ou vivront la même chose. Je voudrais simplement leur dire qu’ils ne sont pas seuls, et que toutes les folies, tous les excès que l’on peut être amené à faire dans ce genre de contexte dramatique sont non pas « normaux » mais seulement terriblement humains.