éditions zulma
Nouveautésà paraîtreactualités1000 librairiesforeign rightsNewslettercontact

EssaisIntranQu’îllitésNumériquecéytu

Ateliers d’écriture & jeux littéraires
Inscrivez-vous à notre Newsletter

Votre email :
Jeux littéraires

Retrouvez nos Jeux littéraires dès septembre 2013, en même temps que la nouvelle édition du Nouveau Magasin d’écriture, de Hubert Haddad.
      imprimer


Pays sans chapeau
11,5 x 17,5 cm • 288 pages
ISBN 978-2-84304-829-6
9,95 € • Paru le 23/08/18
Télécharger
la couverture en HD

Imprimer l’argumentaire
Littérature — collection de poche Z/a
Dany Laferrière

Pays sans chapeau


Roman

« La nuit existe dans ce pays. Une nuit mystérieuse. Moi qui viens de passer près de vingt ans dans le Nord, j’avais presque oublié cet aspect de la nuit. La nuit noire. Nuit mystique. Et il n’y a que le jour qu’on puisse parler de la nuit… On dirait que deux pays cheminent côte à côte, sans jamais se rencontrer. »
Après vingt ans d’absence, l’écrivain rentre chez lui, à Port-au-Prince. Le pays, en apparence, est le même. Mais au fil des silences, des mots chuchotés, et de quelques rencontres improbabales, le voilà lancé, lui, l’écrivain qui se dit primitif, dans une étrange enquête au Pays sans chapeau – c’est ainsi qu’on appelle l’au-delà en Haïti. Et c’est le pays rêvé qui prend le pas sur le pays réel…

Pays sans chapeau
est l’extraordinaire chronique de ce reportage habité par l’émotion du retour et la magie des dieux cachés. « Ils sont là, je le sais, ils sont tous là à me regarder travailler à ce livre. Je sais qu’ils m’observent. Je le sens. »


Dany Laferrière

Dany Laferrière est né en 1953 à Port-au-Prince. Depuis son premier roman, Comment faire l’amour avec un nègre sans se fatiguer, salué par une reconnaissance immédiate, à l’Art presque perdu de ne rien faire, en passant par l’Énigme du retour (Prix Médicis 2009), Dany Laferrière a construit une œuvre qui lui a valu son élection à l’Académie française.
Zulma a déjà publié dans sa collection de poche l’Odeur du caféle Charme des après-midi sans fin, le Goût des jeunes filles et le Cri des oiseaux fous.

Pays sans chapeau par Dany Laferrière



Du côté des libraires

« Un voyage, troublant, un infra monde inédit et fascinant et, presque une initiation onirique à un monde inconnu. Mon livre préféré de Dany Laferrière ! » Fabrice Baumann, Librairie Decitre


Bouillon de culture...

Un reporter au pays sans chapeau

« Ils sont là tout autour de moi, les morts. Mes morts. Tous ceux qui m’ont accompagné durant ce long voyage. Ils sont là, maintenant, à côté de moi, tout près de cette table bancale qui me sert de bureau, à l’ombre du vieux manguier perclus de maladies qui me protège du redoutable soleil de midi. Ils sont là, je le sais, ils sont tous là à me regarder travailler à ce livre. Je sais qu’ils m’observent. Je le sens. Leurs visages me frôlent la nuque. Ils se penchent avec curiosité par-dessus mon épaule. Ils se demandent, légèrement inquiets, comment je vais les présenter au monde, ce que je dirai d’eux, eux qui n’ont jamais quitté cette terre désolée, qui sont nés et morts dans la même ville, Petit-Goâve, qui n’ont connu que ces montagnes chauves et ces anophèles gorgés de malaria. Je suis là, devant cette table bancale, sous ce manguier, à tenter de parler une fois de plus de mon rapport avec ce terrible pays, de ce qu’il est devenu, de ce que je suis devenu, de ce que nous sommes tous devenus, de ce mouvement incessant qui peut bien être trompeur et donner l’illusion d’une inquiétante immobilité. »


« Je lève les yeux vers le ciel étoilé. Geste banal que des milliers de gens font chaque jour dans cette ville. Pour moi, c’est différent, ça fait vingt ans que je n’ai pas vu ces étoiles. Et la lune à travers les branches de cet arbre. Les cieux ne sont pas partout pareils. Ce ciel-là, je le connais pour l’avoir parcouru de long en large. Il y a des chemins dans le ciel. Déjà moins de monde dans les rues. Des silhouettes qui évitent de se croiser. La nuit, les chats blancs sont gris, et les chats noirs invisibles. Je remonte vers le morne Nelhio, les mains dans les poches. Exactement comme je le faisais à vingt-trois ans. Je reprends ma vie au moment où je l’ai quittée. Je respire à pleins poumons. Libre dans la nuit port-au-princienne. »


« C’est assez étrange. Bombardopolis, une minuscule petite ville, pas loin de Port-de-Paix. Les Américains sont en train de faire un recensement secret du pays. Ils ont cette manie de toujours vouloir compter les têtes de bétail. Ils veulent savoir combien on est. Cinq, six, sept millions ? Les officiels haïtiens se contredisent dans cette affaire. Pas moyen de savoir. Faut dire que le gouvernement haïtien n’en a rien à foutre de savoir combien on est. Pour quoi faire ? Donc, pas moyen de savoir pour les Américains. Un recensement en Haïti, tu parles… Les gens disent n’importe quoi. “Combien d’enfants avez-vous, madame ? — Seize — Où sont-ils ? — Tous les neuf sont à l’école. — Et les autres ? — Quels autres ? — Les sept autres enfants. — Mais, monsieur, ils sont morts. — Madame, on ne compte pas les morts. — Et pourquoi ? Ce sont mes enfants. Pour moi, ils sont vivants à jamais.” Comme vous voyez, Laferrière, nous sommes différents des Nord-Américains. Deux visions différentes. Les Américains soustraient leurs morts, nous, nous continuons à les additionner. Incompatibilité de caractère… »


« … les pouvoirs de Lucrèce. La possibilité qu’il a de traverser les frontières comme bon lui semble. De changer de monde, selon ses désirs. D’aller du côté des vivants comme de celui des morts. Et cet homme me fait le plus terrible marché qu’on puisse faire à un écrivain, lui proposer de le conduire au royaume des morts. Au nom de liens mystérieux avec mon grand-père, il me donne aujourd’hui la possibilité d’être plus grand que Dostoïevski, aussi grand que Dante ou que l’apôtre Jean, dit le bien-aimé, à qui on a fait voir, un jour, la fin du monde. Il me donne la possibilité d’être plus grand qu’un écrivain. De devenir un prophète. Celui qui a vu. Séjourner parmi les morts et revenir chez les vivants en rendre compte. Traverser le voile des apparences. Vivre un temps dans le vrai de vrai. Plus de comédie. Seulement la vérité. L’éclatante vérité. Le plus vieux rêve des hommes. Jésus a fait revenir Lazare sur la Terre. Cela fait longtemps que je n’ai pas ouvert la Bible, mais si ma mémoire est bonne, je ne crois pas que cette résurrection fût un succès. Lazare sentait encore la mort et avait l’air d’une coquille vide. L’esprit ne l’habitait plus. Un zombi. Ce que me propose Lucrèce semble beaucoup plus intéressant. J’irai voir comment cela se passe là-bas, puis je reviendrai parmi les hommes. Un reporter au pays sans chapeau. »