Désinvolte, brillant et d’une rare subtilité, Mon ami Kronos fait partie de ces textes inclassables qui réjouissent d’emblée l’intelligence et le cœur. L’audace de son iconoclaste auteur, Pierre Albert-Birot, est de proposer une dissertation sur le Temps, avec un T majuscule, mais pas seulement. Voici comment l’histoire commence:
« L’agenda encore tout neuf est resté fermé (...). Or un soir, ma main s’est posée sur lui, je l’ai ouvert, j’ai lu, j’ai souri, et je me suis mis à écrire Mon ami Kronos. »
C’était en 1935, ce qui surprend aujourd’hui, vu la modernité du point de vue, et du traitement. Même si Pierre Albert-Birot efface les marques temporelles. Même s’il lui donne ce sous-titre malicieux: « Passe-temps littéraire ». Le ton, la forme et l’ambition sont ceux de l’auteur du magistral Grabinoulor !
Sur les vingt-sept chapitres initiaux de Mon ami Kronos, en voici huit qui en gardent tout l’esprit, resserrant par force la confrontation – ou l’affrontement – de l’écrivain avec Kronos.
« J’aurais peut-être mieux fait d’employer mon temps à autre chose » confie-t-il non sans provocation. Impossible, le Temps ne le lâche plus. Ni le lecteur qui a pris le temps de prendre du temps au temps. Par pur plaisir.