« Ce qu’un écrivain offre à ses lecteurs, dit Alina Reyes, ce sont ses livres. Si j’écris un livre après l’autre, c’est que j’ai le sentiment de ne m’être jamais assez donnée. Avec Ma vie douce, j’ai voulu me montrer nue. »
Alina Reyes nous offre son Journal, composé d’extraits de carnets qui l’accompagnent depuis de nombreuses années. Ecriture, enfants, amants, voyages, rencontres, poésies, rêves, autant de facettes qu’elle dévoile sans censure ni artifice, avec ses joies, ses désarrois, sa volonté farouche de s’en sortir…
Autoportrait en profondeur et en esquisses, tout en vérité et devenir, d’une romancière bien sûr, mais avant tout d’une femme libre.
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Alina Reyes, à propos de Ma vie douce
Ecrire, une deuxième vie. J’ai eu, et je garde, cette vision de mon
activité d’auteur : un ruban-route lumineux qui se déroule et se
déploie à l’infini à partir du milieu de mon corps. C’est une sensation
très physique, à la fois un peu inquiétante parce que ce ruban a une
destination mystérieuse, et rassérénante parce qu’il est un autre
moi-même, cet ange en forme de ruban qui s’en va en flottant et
ondulant dans l’espace, et me garde du vertige.
Dès que j’ai su lire, j’ai voulu écrire. Le meilleur moyen de canaliser
mon trop-plein de vie ? Désormais les livres et les cahiers n’allaient
jamais cesser de m’accompagner, aussi nécessaires et naturels que le
besoin de respirer.
Ce qu’un écrivain offre à ses lecteurs, ce sont ses livres. Si j’écris
un livre après l’autre, c’est que j’ai le sentiment de ne m’être jamais
assez donnée. Avec Ma vie douce,
j’ai voulu me montrer nue. La nudité physique est un bonheur très
important pour moi. Nue, je me sens mieux, autrement belle, sans souci
des canons esthétiques en vigueur.
Pour se dénuder mentalement, il faut adopter la même démarche
d’acceptation de soi, y trouver la même sérénité et le même bien-être.
En livrant ici de larges extraits des manuscrits qui m’ont accompagnée
comme une seconde nature au cours des années – journaux intimes, récits
de rêves, notations diverses –, j’ai tenté de révéler mon âme dans sa
nudité : avec ses faiblesses, ses obsessions, ses joies, ses désarrois,
sa volonté farouche de s’en sortir… Et surtout, de s’en sortir libre…
Tout en laissant s’organiser et se répondre ces signes accumulés comme
s’articulent les membres et les organes d’un corps, afin d’esquisser un
autoportrait où l’identité se lit dans la pluralité, la correspondance,
l’inachevé. Un autoportrait comme une éthique, une façon de dire que la
réalité ne se perçoit jamais qu’à travers un kaléidoscope, et que même
si l’on nous fige, si l’on nous catalogue, si l’on nous enferme dans
tel ou tel ghetto, notre vérité et notre chance sont ailleurs : dans
l’incertitude, l’imperfection, le mouvement.