Lolotte raconte son noviciat et ses joies, autrement dit, son éducation sexuelle. D’abord au couvent, en compagnie de Félicité, puis dans la petite maison de Mme Gaillard. Là défilent de lubriques musiciens italiens, des Anglais culomanes, des hommes de loi sans vigueur et enfin le beau Pinange, son père, dont elle tombe profondément amoureuse...
Tout lecteur de Lolotte en sera convaincu, Nerciat est l’un des meilleurs écrivains du XVIIIe siècle. C’est le Diderot de la pornographie. D’ailleurs, bien des cousinages littéraires existent entre Jacques le fataliste et Lolotte. Dans les deux romans, l’auteur joue avec le lecteur et le maître mot reste le plaisir de conter, qui les amours de Jacques, qui les fouteries de Lolotte. Vaste rhapsodie qu’unifie un parti pris de gaieté, de dérision et de parodie, Lolotte est un roman libre, dans tous les sens du terme.
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Lire un extrait
« Il faut en un mot, savoir se transporter hors de soi-même, et n’être ni chaud quand on veut lire un livre philosophique, ni froid quand on veut bien s’occuper de celui-ci, pour lequel surtout il faut être doublement indulgent, vu la licence du sujet et la négligence incorrigible du style… Ici je vous arrête (me dites-vous) et je vous demande pourquoi du moins vous ne gazez pas ? – D’abord, je pourrais me tirer de là par une plaisanterie, et vous faire convenir qu’en vain on gazerait un vit bien bandant, puisqu’il aurait à l’instant déchiré son enveloppe ; mais je vous répondrai plus raisonnablement. Un ouvrage où il n’est question que de cons, de vits, de cul, de fouterie, de gamahucherie et d’enculade, ne serait-il pas ridicule s’il avait la moindre prétention au bon ton ? Peut-on le lire en société ? Des femmes pourraient-elles avouer de l’avoir parcouru ? Est-il fait pour qu’on en cite des passages ? – Non. – Eh bien, qu’importe donc sa nudité ? Quand vous vous habillez, si vous avez un témoin, vous faites de votre mieux pour lui dérober la vue des objets qu’une fausse honte condamne à l’invisibilité ; mais êtes-vous seul ? vous vous mettez à votre aise… et – Non, encore une fois, non : la décence… – Oh, pour le coup vous m’impatientez : allez vous faire lanlaire… Ceci n’est écrit que pour les personnes qui n’ont point honte de leur vit ou de leur con, et qui ne foutent point sans lumière, ou à travers des chemises fendues, comme certaine dévote, et comme ce curé qui, pour enculer un petit serveur de messes, lui couvrit les fesses de sa perruque et le mit à travers le trou de sa tonsure. Revenons à notre souper. »
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Jean-Christophe Abramovici a imaginé une correspondance fictive entre Lolotte, l’héroïne du roman, et une bénédictine. Croustillant...
Ma très révérende mère – ou dois-je plutôt me servir de votre doux nom d’Eulalie que nous a révélé le chevalier de Francheville votre amant (qui, un temps, vous le verrez, est devenu le mien) – pardonnez-moi de troubler le calme pieux de votre nouvelle abbaye, mais je tenais à ce que vous soyez parmi les premières à recevoir le récit de mes premières aventures libertines, que j’ai cru bon d’intituler de mon simple petit nom, Lolotte. Ne voyez dans cet envoi ni provocation, ni perfide malice : je suis certaine que votre richesse et votre crédit vous ont mise à l’abri de toute famine lubrique, qu’en d’autres termes, loin d’en être réduite aux livres pour apaiser votre tempérament, s’évertuent toujours à vous servir de jeunes athlètes déguisés en religieuse, tout semblables à ceux qui m’ont naguère initiée. Car, précisément, ce modeste essai littéraire raconte mon noviciat, mon apprentissage des joies du sexe au sein même du couvent de bénédictines que vous dirigiez. J’ai pensé qu’en ces douloureux temps de crises de vocation, cette publicité faite à votre piété ne pourrait que vous être profitable… Je ne doute pas qu’afflueront pour prendre le voile toutes les délaissées de la capitale et même de plus délurées, lassées de devoir quotidiennement courir le pavé… Ne manqueront pas non plus de se presser à la grille de vos parloirs les innombrables mâles en mal de chaleur humaine et de réconfort spirituel. En un mot, très révérende mère, Lolotte apprendra au public combien sous le manteau de la religion vous avez su créer et maintenir la grande tradition des saintes maisons closes…
Je suis, bonne Eulalie, jusqu’à la mort, votre très dévouée et très irrespectueuse servante,
Lolotte
Ma petite Lolotte, vous pensiez je suppose que la publication de vos mémoires et votre lettre impertinente me choqueraient, me contraindraient peut-être à mon tour à une humiliante repentance… Quelle enfant vous faites… Qui aujourd’hui se soucierait des turpitudes de tranquilles bénédictines ? À l’écart d’une société dont je me plais de loin à contempler les tristes transgressions, nous vivons heureuses, et pour parler comme vous n’avez pas osé le faire dans votre missive, nous foutons de bon cœur et toute amitié. Aussi votre petit livre m’a-t-il délicieusement diverti ; votre verve est inimitable et vos goûts ravissants. Me permettrez-vous de vous avouer que j’ai mille fois préféré vos parties fines avec le vigoureux Francheville ou l’adorable et hermaphrodite Alexis à votre idylle mélodramatique avec M. votre père, que vous saluerez de ma part, s’il se souvient… Quant à votre pitoyable nuit de noces ou aux ébats de Mme votre mère avec le rustre Pottamico, je ne les ai pas trouvés trop ragoûtants… Mais je vous les passe, car s’ils m’ont peu sensuellement émue, au moins m’ont-ils fait bien rire… Merci donc Lolotte de votre cadeau, et passez bien vite vous rendre compte et profiter du confort de ma nouvelle abbaye, faire connaissance de mes délicieuses novices, dont beaucoup, vous le verrez, ont tous les attributs chers à votre cœur. Embrassez bien la douce Zulma de ma part.
Votre fidèle Eulalie