éditions zulma
Nouveautésà paraîtreactualités1000 librairiesforeign rightscontact


céytuapuléeIntranQu’îllitésNumériqueNewsletter


Ateliers d’écriture & jeux littéraires
Inscrivez-vous à notre Newsletter

Votre email :
Jeux littéraires

Retrouvez nos Jeux littéraires dès septembre 2013, en même temps que la nouvelle édition du Nouveau Magasin d’écriture, de Hubert Haddad.
      imprimer

En librairie le jeudi 1 février 2018  

Les Rois d'Islande
12,5 x 19 cm • 352 pages
ISBN 978-2-84304-812-8
21 € • A paraître le 01/02/18
Télécharger
la couverture en HD

Imprimer l’argumentaire
Littérature
Einar Már Guðmundsson

Les Rois d’Islande


Roman traduit de l’islandais par Éric Boury
Einar Már Guðmundsson a reçu en 2012 le Swedish Academy’s Nordic Prize, dit « le petit Nobel », pour l’ensemble de son œuvre.

Chez les Knudsen, on est potentiellement marin de père en fils, sauf à faire carrière à la caisse d’épargne. On compte dans la famille des grands hommes, des hôtesses de l’air et de gentils simplets. Des marins, ministres, aviateurs, bandits, avocats, et parfois tout cela en même temps.
Le clan Knudsen règne depuis plus de deux siècles sur Tangavík, petit port de pêche battu par les vents ou fief d’armateurs, question de point de vue.  Ils y ont bâti des empires et les ont perdus. Ils ont monté des conserveries de harengs, composé des symphonies sifflées, possédé des Cadillac bicolores, des usines de congélation et des serres géothermiques, ils ont dirigé des fanfares et des clubs pour dames. Ils ont disparu et ils sont réapparus, ils ont été portés au pinacle et mis au pilori, en passant par tous les stades intermédiaires. Toujours persuadés, de génération en génération, d’être les Rois d’Islande.
L’histoire mirifique des Knudsen, de ses représentants et de tous ceux qui passaient par là est, on l’aura compris, un tourbillon de portraits hautement roboratifs – la saga contemporaine d’une famille exubérante et totalement déjantée.

Einar Már Guðmundsson

Romancier, poète et nouvelliste, Einar Már Guðmundsson est l’auteur d’une dizaine de romans, traduit en plus de vingt-cinq langues. Récompensé par de nombreux prix littéraires au cours de sa carrière, il a reçu, entre autre, le Nordic Council Literary Prize – la plus haute récompense décernée annuellement à un écrivain des cinq pays nordiques, le Prix islandais de littérature – le plus prestigieux prix littéraire en Islande et le Swedish Academy’s Nordic Prize pour l’ensemble de son œuvre.
Il est aussi traducteur de l'anglais : on lui doit notamment les traductions de Ian McEwan en islandais.
Publié en 2012, les Rois d’Islande, son chef-d’œuvre romanesque, est traduit pour la première fois en français.



Morceau choisi...

« Arnfinnur Knudsen était comme ça. À la fois dévoué et serviable, il appréciait les hommes qui, comme Þórhallur Jökulsson, avaient plus d’un tour dans leur sac, même s’ils commettaient aussi parfois des erreurs. Lui aussi peinait parfois à se maîtriser : Arnfinnur Knudsen se posait souvent problème à lui-même.
Je pense qu’on peut tout à fait dire de lui qu’il est notre héros. En tout cas, il est le protagoniste de cette histoire, même si c’est Ástvaldur Knudsen qui est le patriarche et le point de référence en tout ce qui concerne cette famille. D’ailleurs, je n’écris pas vraiment l’histoire de la famille. Et peu importe qui en sont les personnages principaux et les secondaires. Précisons quand même qu’en général Arnfinnur Knudsen marinait dans l’alcool, quand il n’était pas aussi essoré qu’une serpillière. Pendant ses périodes d’abstinence, ses habituels compagnons de beuverie lui reprochaient de marcher comme s’il avait un manche à balai dans le cul et ils ajoutaient qu’entre ses mains, tout devenait aussi rêche et aride que de l’essuie-tout. Ils disaient ça uniquement parce qu’ils voulaient qu’il revienne se soûler avec eux. Les dernières années de sa vie, il n’avait plus avalé une goutte.
Il avouait lui-même n’avoir aucun problème avec l’alcool mais plutôt avec l’abstinence, tout comme son oncle Haraldur Knudsen. Cela dit, ce problème avec l’abstinence se transformait en problème avec l’alcool dès qu’il se mettait à picoler. Haraldur Knudsen est mort d’exaspération en faisant la queue. Il me semble que c’est arrivé au magasin de bricolage Húsasmiðjan où il était allé chercher une guirlande de Noël, à défaut de pouvoir utiliser une de celles du Parlement, contrairement à ce que lui avait promis Ólafur Knudsen, son frère. Ólafur n’était pas venu la lui apporter à l’heure convenue, Haraldur avait donc foncé chez Húsasmiðjan où son cœur avait tout bonnement explosé d’exaspération, et il était mort, une guirlande clignotante enroulée comme une écharpe autour du cou. Huit personnes faisaient la queue devant lui et autant derrière.
On affirmait qu’Arnfinnur Knudsen souriait en serrant les poings et se mettait à pleurer quand il lui fallait frapper quelqu’un. Dans ce domaine, il divergeait de Haraldur Knudsen, qui aimait se battre et avait une telle force qu’il était capable de vous casser les doigts en vous serrant la main. L’explosion de son cœur dans le magasin de bricolage avait été plutôt bruyante, au point que certains clients s’étaient exclamés : « Ouah ! Vous avez entendu cette détonation ? » On aurait cru qu’un tremblement de terre avait secoué Húsasmiðjan ; d’ailleurs, Haraldur Knudsen pesait cent soixante-dix kilos et ses poches étaient pleines de piles rechargeables.
Chaque fois qu’Arnfinnur Knudsen se piquait d’être abstème, ses compagnons de boisson habituels regrettaient l’absence de leur copain jovial, qui faisait souvent des conneries mais retombait la plupart du temps sur ses pieds. L’un d’eux, Gulli le cuisinier, m’a par exemple raconté un jour qu’Arnfinnur avait eu quelques problèmes avec sa banque. Il sortait d’une beuverie phénoménale qui avait duré cinq bonnes semaines. C’était avant l’apparition des organismes de recouvrement et des encaisseurs aux méthodes musclées. Le comptable de la banque l’avait appelé en lui disant qu’il avait largement dépassé son autorisation de découvert, il était à moins trois cent mille couronnes, ce qui, à l’époque, correspondait à six mois de salaire d’un enseignant.
La nouvelle n’avait pas plus que ça alarmé Arnfinnur Knudsen, qui avait rétorqué : « Combien y avait-il sur mon compte il y a deux semaines ?
— Cela n’avait rien à voir, avait répondu le comptable, c’était l’inverse, votre solde était créditeur de trois cent mille couronnes.
— Et alors, est-ce que je vous appelais ? » avait conclu Arnfinnur avant de raccrocher.
Une foule d’histoires de ce genre traînaient à son sujet. Le nom d’Arnfinnur Knudsen était parfois sur toutes les lèvres. Un Knudsen qui perd son emploi à tel endroit devient un Knudsen ailleurs. C’est toujours la même histoire. Un Knudsen tire un Knudsen d’affaire et les Knudsen arrangent tout. « Ça s’arrangera », comme on dit toujours en Islande. Un Knudsen fait faillite ici, et on le retrouve là, plein aux as. Il y a cependant un point qui est tout à fait clair, que les hommes de la famille soient imbibés ou secs, tous sont des rois et tous sont membres du Parti. Pour les Knudsen, le parti démocratique indépendant s’appelle simplement le Parti et c’est d’ailleurs ce qu’il est dans la vie de la nation : Le Parti. Il en va de même pour les femmes, elles sont toutes membres du Parti, qu’importent les questions de virginité, de contraception et les révolutions sexuelles, qu’elles soient libertines ou chastes, nymphomanes ou frigides, toutes sont au Parti, qu’elles couchent avec personne ou avec tout le monde. Et toutes sont d’authentiques reines, chacune à sa manière. »

Et à travers le monde...

Publié d'abord en Islande (Forlagid), les Rois d'Islande est déjà paru en Allemagne (RandomHouse), au Danemark (Lindhardt & Ringhof), en Norvège (CappelenDamm) et en Suède (Natur & Kultur).