« La journée avait été dure pour John Iredale et pour son manager ; ils avaient fait passer trois mille brebis dans les
yards. La poussière poivrée leur avait brûlé les yeux, leurs mains étaient égratignées par les graterons, et le maniement des bêtes récalcitrantes leur avait donné une onglée lancinante qui durait encore. » On est en Nouvelles-Galles du Sud. En plein
bush australien. John Iredale, jeune boss de la station de Tilfara, doit songer à remplacer Ah Sin, son cuisinier chinois qui s’apprête à rejoindre sa terre natale.
L’arrivée de la nouvelle
housekeeper, ambitieuse et jolie, va transformer la vie du
homestead et peu à peu faire vaciller tout un univers qui a, sous la plume subtile et rude de Paul Wenz, tous les attraits d’un nouvel Éden.
Les « bons sentiments » chez Wenz n'empêchent pas la bonne littérature. Mais par la grâce de son humour, confronté à la rude immensité du bush, ils concrétiseraient même, au contraire, un regard quasi ethnologique sur une humanité constituée souvent d'aventuriers et d'anciens bagnards.
Avec une puissance expressive d'un grand naturel pour son époque, les romans de Paul Wenz reflètent l'héroïque, tangible et très onirique appropriation d'un paysage hors normes, solaire et infini, contre lequel l'homme solitaire bute à chaque seconde de l'éternité.