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En librairie le jeudi 11 janvier 2018  

Evangelia
12,5 x 19 cm • 544 pages
ISBN 978-2-84304-810-4
23,50 € • A paraître le 11/01/18
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Littérature
David Toscana

Evangelia


Roman traduit de l’espagnol (Mexique) par Inés Introcaso

« Et voilà qu’Il éprouvait à présent une passion bien humaine : de la colère mêlée à l’envie de rejeter ses propres fautes sur les autres. C’est qu’après avoir béni tant de membres de son peuple en leur accordant des fils uniques ou des premiers-nés mâles, après avoir donné à Jacob treize enfants, dont douze garçons, il se trouvait que Lui avait eu une fille. »
Voilà ce qui arrive quand on ne fait pas les choses soi-même et qu’on envoie un ange jouer les marieuses. Ainsi naquit Emmanuelle, fille de Dieu, dont la vie promet de ne pas être un long fleuve tranquille. Il va lui falloir faire ses preuves auprès de son irascible Père qui est aux cieux, s’imposer en icône révolutionnaire à Jérusalem pour que les prophéties s’accomplissent, malgré l’inénarrable misogynie ambiante et les embûches semées par son frère cadet, Jacob, bientôt connu sous le nom de Jésus…
C’est donc ainsi que la Sainte Trinité devient Tétrade, et que Dieu, dans tout ça, y perd sacrément son latin.
Ce roman est un pari fou relevé avec un talent inouï, un monument irrésistible d’érudition et d’humour.

David Toscana

Né en 1961 à Monterrey, David Toscana est considéré comme l’un des romanciers mexicains les plus inventifs de sa génération, marqué par l’influence des classiques espagnols et par des écrivains latino-américains comme Onetti et Donoso. Depuis le fameux El último lector, il a publié huit romans et un recueil de nouvelles d’une inventivité magnifique, doublée d’une réflexion virtuose sur les enjeux de la fiction. Ses œuvres sont traduites dans une dizaine de langues.

Morceaux choisis...

« Malgré le charme de ses treize ans, Marie était loin de posséder la beauté de Sarah, d’Esther, de Bethsabée ou de Ruth, et pourtant, face à cette jeune fille rustre et inexpérimentée, Dieu se sentit intimidé. Il n’avait pas adressé la parole à une femme depuis le jour où il avait chassé Ève du paradis, usant de mots indignes d’un gentleman. Dans son rôle de séducteur, Jéhovah était incompétent.
Voilà pourquoi Il dut envoyer un ange jouer les entremetteuses.
L’acte fut consommé sans désir et s’avéra si peu délectable que, même armé de sa gnose divine, le Seigneur ne put comprendre pourquoi les hommes perdaient la tête et allaient jusqu’à tuer pour faire cela. « Je ne suis pas un homme, dit-Il en haussant les épaules, beaucoup de ce qui est humain m’est étranger. » Et c’était là une grande vérité. Dieu ne savait pas ce que c’était d’avoir faim, des cloques aux pieds, le dos qui démange, une crampe d’estomac, les yeux irrités, le nez bouché, chaud ou froid, une cuite et la gueule de bois, la diarrhée ou des caries, une insomnie, un ongle cassé, un torticolis, la lèpre ou des douleurs post-circoncision, pas plus qu’Il ne connaissait la peur, le désir charnel, l’envie de voler ou le remords. Son contact avec l’humain se résumait à certaines passions telles que la soif de vengeance, la démagogie, la jalousie et l’égoïsme. Surtout ce penchant-là. Voilà pourquoi le premier commandement était le plus important. Il le respectait à la lettre, s’aimant lui-même par-dessus toute chose depuis le commencement des temps. »

« L’Éternel entreprit de maîtriser le genre de la fable. En ayant rédigé quelques-unes, avant de les communiquer à son peuple, Il décida de les tester auprès des anges. Des soirées littéraires furent organisées au cours desquelles le Très-Haut lisait des histoires portant des titres tels que : “Grenouille dans le temple”, “La chèvre stérile”, “Le petit agneau sans défaut”, “Le prophète mauvaise langue”, “Le bouc émissaire”, “Le petit lapin lascif”, “Le veau d’or”, “Petit Jean mangeur de sauterelles”, “Le chameau paresseux”, “Élisée et les ourses”, ou encore cette autre où il était question d’un âne à qui on tranchait le cou et qui s’intitulait grossièrement “Petit Isaac égorgé”. Lors de ces soirées, les anges s’ennuyaient à mourir tant ses histoires manquaient d’esprit. […]
La pire des fables fut celle du “Petit lapin lascif”. Elle ressemblait vaguement à cette histoire où Noé s’enivrait et où l’un de ses fils le connaissait. Sauf que, dans le cas des lapins, après s’être accouplé avec son père, le fils, mû par son insatiable esprit de luxure, allait copuler avec sa mère, tandis que les frères s’appariaient avec leurs sœurs. Le père émergeait de son ivresse et montait l’une de ses filles, laquelle s’ébattait ensuite avec le petit lapin du début. S’ensuivaient d’innombrables mises bas de nouveaux lapereaux qui, le temps passant, s’accouplaient avec le grand-père, la grand-mère, les oncles et tantes ; puis avec ceux qui au début de l’histoire étaient des rejetons, mais qui, à présent, étaient eux aussi devenus pères et mères, entraînant à leur tour une descendance de plus en plus nombreuse. Dieu tout-puissant tenait un compte précis des noms de chaque lapin, des géniteurs, des lapereaux qui naissaient et des lignées issues du croisement entre parents et enfants, frères et sœurs, neveux et nièces ou oncles et tantes. Cela devenait une histoire sans fin, malgré la disparition progressive des premiers personnages. Le Dieu des récits n’en finissait pas de parler et de narrer, cependant que les anges piquaient du nez sous le coup de la fatigue et de l’ennui, souhaitant ardemment qu’un déluge survînt pour noyer ces satanés lapins une fois pour toutes. De temps à autre, pour s’assurer de l’attention de son auditoire, le Dieu des fables interrogeait : “Comment s’appelle le lapereau né de la première mère et du deuxième petit-fils du frère et de la sœur aînés ?” Ce à quoi Raphaël répondait : “Boule de lin.” Ou alors : “Quel est le nom de la fille du premier petit lapin lascif et de l’arrière-petite-fille de sa mère ?” Et l’archange Uriel, à moitié endormi, de dire “Duvet”.
Comme Pierre avait raison d’affirmer que pour le Seigneur un jour est comme mille ans et mille ans comme un jour !
Remercions l’ange Sealtiel qui eut l’idée de détourner l’attention de Dieu notre Seigneur. Quatorze générations s’étaient écoulées depuis le petit lapin lascif jusqu’à Oreilles Tordues, quatorze depuis Oreilles Tordues jusqu’à Queue de Chiffon, et quatorze autres depuis Queue de Chiffon jusqu’à Pattes d’Albinos, quand Sealtiel lui fit remarquer qu’un prêtre dans le temple de Jérusalem était en train d’ajouter de la sciure de bois à l’encens. L’Éternel s’empressa de le foudroyer et le calcina sur les escaliers. Sa colère fut telle, sa joie de voir ce corps carbonisé si vive que pendant quelque temps Il en oublia les lapins fabuleux. »