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Evangelia
14 x 21 cm • 432 pages
ISBN 978-2-84304-810-4
22,50 € • Paru le 18/01/18
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Littérature
David Toscana

Evangelia


Roman traduit de l’espagnol (Mexique) par Inés Introcaso

« Et voilà qu’Il éprouvait à présent une passion bien humaine : de la colère mêlée à l’envie de rejeter ses propres fautes sur les autres. C’est qu’après avoir béni tant de membres de son peuple en leur accordant des fils uniques ou des premiers-nés mâles, après avoir donné à Jacob treize enfants, dont douze garçons, il se trouvait que Lui avait eu une fille. »
Voilà ce qui arrive quand on ne fait pas les choses soi-même et qu’on envoie un ange jouer les marieuses. Ainsi naquit Emmanuelle, fille de Dieu, dont la vie promet de ne pas être un long fleuve tranquille. Il va lui falloir faire ses preuves auprès de son irascible Père qui est aux cieux, s’imposer en icône révolutionnaire à Jérusalem pour que les prophéties s’accomplissent, malgré l’inénarrable misogynie ambiante et les embûches semées par son frère cadet, Jacob, bientôt connu sous le nom de Jésus…
C’est donc ainsi que la Sainte Trinité devient Tétrade, et que Dieu, dans tout ça, y perd sacrément son latin.
Ce roman est un pari fou relevé avec un talent inouï, un monument irrésistible d’érudition et d’humour.

David Toscana

Né en 1961 à Monterrey, David Toscana est l’un des romanciers mexicains les plus inventifs de sa génération. Depuis le fameux El último lector, il nous offre des romans d’une inventivité magnifique, doublée d’une réflexion virtuose sur les enjeux de la fiction. Ses œuvres sont traduites dans une dizaine de langues.

Pour en savoir plus sur David Toscana cliquez sur l’image.


Morceaux choisis...

Malgré le charme de ses treize ans, Marie était loin de posséder la beauté de Sarah, d’Esther, de Bethsabée ou de Ruth, et pourtant, face à cette jeune fille rustre et inexpérimentée, Dieu se sentit intimidé. Il n’avait pas adressé la parole à une femme depuis le jour où il avait chassé Ève du paradis, usant de mots indignes d’un gentleman. Dans le rôle du séducteur, l’Éternel était incompétent.

C’est pourquoi Il dut envoyer un ange jouer les entremetteuses.

L’acte fut consommé sans désir et s’avéra si peu délectable que, même armé de sa gnose divine, le Seigneur se demanda pourquoi les hommes perdaient la tête et allaient jusqu’à tuer pour cela. « Je ne suis pas un homme, dit-Il en haussant les épaules, beaucoup de ce qui est humain m’est étranger. » Et c’était là une grande vérité. Dieu ne savait pas ce que c’est que d’avoir faim, des ampoules aux pieds, le dos qui gratte, une crampe d’estomac, les yeux qui piquent, le nez bouché, chaud ou froid, une cuite et la gueule de bois, la diarrhée ou des caries, une insomnie, un ongle incarné, un torticolis, la lèpre ou des douleurs post-circoncision, pas plus qu’Il ne connaissait la peur, le désir charnel, l’envie de voler ou le remords. Ce qu’il avait de commun avec les humains se résumait à certaines passions telles que la soif de vengeance, la démagogie, la jalousie et l’égoïsme. Surtout l’égoïsme. Voilà pourquoi le premier commandement était le plus important. Il le respectait à la lettre, s’aimant lui-même par-dessus tout depuis le commencement des temps.

 

L’Éternel entreprit de maîtriser le genre de la fable. Il en rédigea quelques-unes et décida de les tester auprès des anges avant de les communiquer à son peuple. Des soirées littéraires furent organisées au cours desquelles le Très-Haut lisait des histoires telles que : « La grenouille dans le Temple », « La chèvre stérile », « Le petit agneau sans défaut », « Le prophète mauvaise langue », « Le bouc émissaire », « Le petit lapin lascif », « Le veau d’or », « Petit Jean mangeur de sauterelles », « Le chameau paresseux », « Élisée et les ourses », ou encore celle où il était question d’un âne à qui on tranchait le cou et qui s’intitulait grossièrement « Petit Isaac égorgé ». Lors de ces soirées, les anges s’ennuyaient à mourir tant ces histoires manquaient d’esprit.

[…] La pire des fables fut celle du « Petit lapin lascif ». Elle ressemblait vaguement à cette histoire où Noé s’enivrait et où l’un de ses fils le voyait nu. Sauf que, dans le cas des lapins, après s’être accouplé avec son père, le fils, mû par un insatiable esprit de luxure, copulait avec sa mère, tandis que les frères s’appariaient avec leurs sœurs. Le père émergeait de son ivresse et montait l’une de ses filles, laquelle s’ébattait ensuite avec le petit lapin du début. S’ensuivaient d’innombrables mises bas de nouveaux lapereaux qui, le temps passant, s’accouplaient avec le grand-père, la grand-mère, les oncles et tantes ; puis avec ceux qui au début de l’histoire étaient des rejetons, mais qui, à présent, étaient eux aussi devenus pères et mères, entraînant à leur tour une descendance de plus en plus nombreuse. Dieu tout-puissant tenait un compte précis du nom de chaque lapin, de ses géniteurs, des lapereaux qui naissaient et des lignées issues du croisement entre parents et enfants, frères et sœurs, neveux et nièces ou oncles et tantes. D’où une histoire sans fin, malgré la disparition progressive des premiers personnages. Le Dieu des récits n’en finissait pas de parler et de narrer, cependant que les anges piquaient du nez sous le coup de la fatigue et de l’ennui, souhaitant ardemment qu’un déluge survînt pour noyer une fois pour toutes ces satanés lapins. De temps à autre, pour s’assurer de l’attention de son auditoire, le Dieu des fables interrogeait : « Comment s’appelle le lapereau né de la première mère et du deuxième petit-fils du frère et de la sœur aînés ? » Ce à quoi Raphaël répondit : « Boule de lin. » Ou alors : « Quel est le nom de la fille du premier petit lapin lascif et de l’arrière-petite- fille de sa mère ? » À quoi l’archange Uriel, à moitié endormi, répondit : « Duvet. »

Comme Pierre avait raison en affirmant que pour le Seigneur un jour est comme mille ans et mille ans comme un jour !

Remercions l’ange Sealtiel qui eut l’idée de détourner l’attention de Dieu notre Seigneur. Quatorze générations s’étaient écoulées depuis le petit lapin lascif jusqu’à Oreilles Tordues, quatorze depuis Oreilles Tordues jusqu’à Queue de Chiffon, et quatorze encore depuis Queue de Chiffon jusqu’à Pattes d’Albinos, quand Sealtiel fit remarquer qu’un prêtre dans le temple de Jérusalem était en train d’ajouter de la sciure de bois à l’encens. L’Éternel s’empressa de le foudroyer en le calcinant sur les marches. Sa colère fut telle, sa joie de voir le corps carbonisé si vive que pendant quelque temps Il en oublia les lapins fabuleux.

La presse en parle


« Le roman propose un nouvel évangile, foisonnant, surprenant, érudit et, surtout, très drôle. » Nathalie Peyrebonne, Le Canard enchaîné

« Sens de l'humour, rebondissements, discrète érudition, voici les qualités de cette réécriture. » Thierry Guinhut, Le matricule des anges 

« Sous ses airs blasphématoires, le texte est un hommage à l’inventivité de l’homme, à la fertilité de son imagination et de sa fantaisie, à son besoin farouche d’aimer et d’être aimé. Par Dieu, pourquoi pas. Par son prochain, assurément. » Élise Lépine, Transfuge


Du côté des libraires…

« Ce livre déborde d’érudition avec un ton pince-sans-rire qui marche à merveille ! » Étienne Angot

« Et si l’ange Gabriel s’était trompé, si le fils de Dieu était en fait une fille et se prénommait Emmanuelle… Il faudrait alors réécrire l’histoire, ce que fait David Toscana avec talent et humour. Un livre tout simplement divin et divinement traduit de l’espagnol par Inés Introcaso ! » Librairie AB — Lunel

« Au nom du Père, de la Fille et… de la Fille ?! Et oui, une fille de Dieu ! Une erreur angélique s’est produite dans la machinerie divine et c’est tout le Nouveau Testament qui s’en trouve bouleversé. Voici un roman original, audacieux, drôle et très très malin. » Pierre Olivier — FNAC Vélizy

« Ce roman facétieux, plein d’humour et de fantaisies revisite les grands récits bibliques en les transformant en situations romanesques inattendues, drôles et cocasses. » Librairie La Buissonnière — Yvetot

« Evangelia est un roman à savourer ! […] Un roman fou, superbe. » Librairie Les 3 Souhaits — Morteau

« David Toscana s’amuse, non seulement à revisiter les Évangiles, mais à en faire un nouveau qui reprend totalement les quatre autres, avec simplement cette petite dose d’ironie et d’irrespect propre à tout auteur latino-américain, surtout quand il est question de religion. […] Si j’osais, je vous dirais que ce fabuleux roman est une divine surprise !!! » Librairie Saint-Christophe — Lesneven