Brève histoire des fesses
La première édition de Brève histoire des fesses (en 1995) a été un véritable succès international : le livre a été traduit en une dizaine de langues. Aujourd'hui, les éditions anglaise (Souvenir Press), suédoise (Alhambra) et russe (Inostranka) sont toujours commercialisées. Une traduction espagnole chez Atico de los libros paraîtra fin 2010, alors que la traduction arabe vient de commencer. 
On ne parle pas assez des fesses. On les calomnie. On les humilie. Et pour finir on les oublie. C’est une partie de notre anatomie, dit-on, qui n’a aucune disposition naturelle à être mise en avant. À défaut de les mépriser, on les traite par la gaudriole. Ce sont les femmes qui en font les frais, la plupart du temps, parce qu’elles en jouent. Et les homosexuels, parce qu’ils en usent. Les autres, apparemment, s’en passent.
Cette Brève histoire des fesses prouve qu’il n’en est rien. Car les fesses sont l’une des choses du monde les plus méconnues – et les plus incompréhensibles. Jean-Luc Hennig en aborde les principaux aspects, à travers le cinéma, la littérature, la peinture, la médecine légale ou la publicité. La démarche est instructive et divertissante. C’est, en quelque sorte, une leçon de choses.
« Après Brève histoire des fesses, de Jean-Luc Hennig, on ne s’assied plus jamais comme avant. » André Rollin, Le Canard enchaîné.
Rabelais, Sade, Verlaine, Rimbaud, Proust, Joyce, Bataille et tant d’autres ont été sous le charme des fesses. Jean-Luc Hennig à son tour y succombe mais veut en savoir plus sur cette face postérieure de l’humanité bien plus méconnue qu’on ne le pense. Ce maître pince-sans-rire nous apprend ainsi, sourire en coin, des tas de choses passionnantes sur la statuaire antique, la peinture florentine et libertine, la médecine légale ou la publicité. Un mélange réussi et détonnant de culs et de culture ! Un sujet fondamental, bien entendu.
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« Hennig est un maître pince-sans-rire et, par le biais de la matière rabelaisienne qu’évoque le titre, il nous apprend, sourire en coin, des tas de choses passionnantes sur la Grèce antique, l’Italie de laRenaissance, la médecine, la pub… Un pur régal. »
Cavanna, Charlie Hebdo.




Ci-dessus : Brève histoire des fesses en russe, en anglais et en suédois.



Petit lexique thématique

de Brève histoire des fesses


Baiser :

« Il y a assurément quelque chose d’extatique dans le baiser au cul. Car c’est un baiser qui se donne dans le noir : les yeux sont engloutis dans la chair, entièrement aspirés par ce trou obscur. Pour tout dire c’est un baiser qui aveugle. Et dans le baiser des sorcières, c’est peut-être justement cet amour illimité qui était si aveuglant. Au surplus, on ne saurait confondre les deux orifices du haut et du bas, l’orifice qui prend (la bouche) et l’orifice qui rend (l’anus), c’est pourquoi le baiser de derrière était jugé dégradant. Et pourquoi l’anus devint le grand épouvantail de l’Église. L’âme ne pouvait pas être compromise par un baiser pareil, elle ne devait pas rejoindre le cul dans le baiser. Ce qui a dû contribuer, par voie de conséquence, à son grand pouvoir d’attraction auprès des esprits forts. »

 

Blason :

« Ô cul de femme! Ô cul de belle fille!

Cul rondelet, cul proportionné,

De poil frisé pour haie environné,

Où tu te tiens toujours la bouche close,

Fors quand tu vois qu’il faut faire autre chose.

Cul bien froncé, cul bien rond, cul mignon,

Qui fait heurter souvent ton compagnon,

Et tressaillir, quand sa mie on embrasse,

Pour accomplir le jeu de meilleure grâce. » Etc.

 

Le poème fut publié en 1537. Mais à la fin de sa vie, Eustorg de Beaulieu, devenu prêtre réformé, se repentit publiquement: l’ancien organiste catholique se reprochait d’avoir composé ces blasons « lubriques » et, en 1546, il fit paraître par expiation un Blason spirituel à la louange du très digne corps de Jésus-Christ, qui avait perdu en effet beaucoup en lubricité. »

 

Bordel :

« La fesse bordelière, c’est la fesse qui se paie. La fesse qui traîne, la fesse lassée. Lautrec la voit parfois bancale, mais jamais bouffie ou inerte comme chez Rouault. Elle garde toujours un je ne sais quoi d’alerte et de véloce. C’est la fesse qui n’a plus rien à perdre, on sent qu’elle s’en fout, qu’elle est comme elle est et qu’on peut bien la dessiner. « Lautrec peint les milieux de plaisir avec des couleurs de fosse », a-t-on dit à propos de la Danse du Moulin-Rouge. »

 

Cannibale :

« En fait, ce qui résume le mieux l’idéal pâtissier de la fesse, c’est un gâteau suédois, dit gâteau princesse, qui mélange tous ces ingrédients: génoise, crème pâtissière à la chantilly et compote de pommes, de forme hémisphérique, enveloppé de pâte d’amande verte et saupoudré de sucre glace. Cette espèce de fesse moelleuse et légère se découpe en larges tranches où alternent avec délicatesse les couches de blanc, de jaune et de rouge. Elle veut naturellement un vin blanc sec, comme le sauvignon. »

 

Courbes :

« Et quand Rimbaud évoque, sans faux-fuyant, la fesse de femme, il en revient toujours à la fureur énergumène de son bassin. En ce sens, la fesse de Rimbaud est beaucoup plus voyoute que la fesse de Verlaine, car elle sautille, elle papillote. Voici par exemple ce qu’il écrit en 1870, dans Un cœur sous une soutane, à propos des fesses de Thimothina Labinette : "... je vis tes omoplates saillant et soulevant ta robe, et je fus percé d’amour, devant le tortillement gracieux des deux arcs prononcés de tes reins! " »

 

Croupe :

« Charlus a l’apparence fessière d’une femme et c’est ce qui le trahit. Mais l’état de sa croupe a considérablement varié avec l’âge. Dans Sodome et Gomorrhe, devant la boutique du giletier, Jupien avait eu déjà quelques remarques dépourvues de distinction, telles que : « Vous en avez un gros pétard! », mais quand Charlus eut dépassé la soixantaine, c’est alors que sa croupe prit son envergure monstrueuse et l’on était sidéré de voir cette « poitrine tétonnière », cette « croupe rebondie » d’un corps tout entier livré au vice. C’est précisément à cette époque-là que M. de Charlus se mit de plus en plus à ressembler à sa sœur, Mme de Marsantes, et qu’il se prit pour la Sarah Bernhardt des bordels. Une telle métamorphose de la croupière est certainement unique dans la littérature française. »


Le cucul :

« Oh, le petit cucul du chérubin! Amenuisé et infantilisé par cette mère adorée, qui en devient deux fois plus grande. Car la mère grandit par le cucul. Elle devient immense. Le cucul, c’est le fondement de la mère, de sa grandeur, de son immensité. Par le cucul, la mère devient un idéal de mère. Elle devient une madone. C’est pourquoi la mère s’applique à faire du cucul de bébé l’absolu de tous les cuculs. Bébé sera entièrement cuculisé par la mère. Cette bonne immaturité, cette sympathique maladresse, cette niaiserie devant la vie, cette ignorance ou cette impuissance, c’est à elle qu’il les doit. La seule vocation d’une mère est de faire retomber le monde entier en enfance, grâce à la pédagogie cuculique. Elle-même, au fond, n’aspire qu’à une chose: être cuculisée par bébé. Oh, le bonheur de cette cuculisation générale! L’harmonie des sphères! Oh, ce cucul, murmure-t-elle, ce cucul incomparable! »


Danseuse :

« Quand la fesse se mit à jouer avec la natte, comme en Inde, ce fut quelque chose de plus subtil et d’assez hypnotisant. Car là-bas, la danseuse sacrée est en tout point semblable à une apsara, nymphe céleste née du barattage de la mer de lait, en compagnie de la vache sacrée, de l’arbre du paradis, de la lune que Shiva plaça dans sa chevelure et de l’éléphant. Ces apsaras dansaient au royaume d’Indra pour le plaisir des dieux. La statuaire hindoue les représente avec la taille très fine, mais aussi des seins ronds et des fesses considérables. »

 

Décorations :

« Voyez par exemple les décorations en spirale peintes à même le corps, sur des fesses d’hommes, par le peintre américain Keith Haring: elles ne se contentent pas de rehausser la fesse, en affichant leur rondeur et leur exubérance, elles invitent carrément à planter une flèche dedans. Les Makasin, qui vivent dans le sud du Kordofan, au Soudan, ne lui font pourtant pas un sort particulier. Ils décorent pareillement le corps entier, pour des raisons rituelles, de grands motifs abstraits, mais la fesse se remarque au premier coup d’œil, comme si ces parures la grandissaient. »

 

Fantôme :

« La fesse serait-elle un fantôme? Observez, par exemple, une fesse altière et bien prise, elle se retourne et le visage qui lui correspond s’avère médiocre. La fesse vous a déçu. Elle n’a plus tant de charme. La fesse souffre beaucoup du visage, ce qui n’est jamais le cas inverse. La fesse n’est donc pas toujours nécessaire pour l’amour. Comme le note Michel Tournier, « il y a un signe infaillible auquel on reconnaît qu’on aime quelqu’un d’amour, c’est quand son visage vous inspire plus de désir qu’aucune autre partie de son corps ». On ne peut donc que déplorer que de belles fesses n’appartiennent pas à la tête qui les porte. Bref, si la fesse est un second visage, il vaut mieux parfois éviter le premier. »

 

Fente :

« Ce qu’il y a de plus beau chez l’homme va toujours par deux. C’est du moins une opinion très répandue. Et c’est précisément le cas des fesses. Il existe certes des cas de monstruosité, où la fesse n’est plus jumelle, mais siamoise: un empereur chinois tomba ainsi amoureux d’une femme double, qui avait deux têtes, deux seins, deux cœurs, deux bras et deux fesses, ce qui pour paraître harmonieux n’en est pas moins affreux. On n’a pourtant jamais vu d’être humain avec trois fesses et on ne sait pas très bien où se logerait pareille anomalie, même chez Dali. Donc, parler d’une belle paire de fesses, sans être faux, est un peu idiot. »


Fessée :

« Non, pas du tout, jamais, en aucun cas et sous aucun prétexte, il ne faut fesser les enfants, rétorque Jacques Serguine (Éloge de la fessée). Et pourquoi cela? Eh bien, d’abord, par manque de place. « Leurs derrières, au demeurant fort gracieux, sont encore si petits, voyez-vous. » Ensuite, parce que cela leur fait mal. Il faut dire que Serguine est un monomaniaque de la fessée. Il en a fait lui aussi une jolie théorie, qui s’applique surtout à la femme qu’il aime et qui l’aime. »

 

 

Etc.

 

 




12,5 x 19 cm •
288 pages

ISBN 978-2-84304-494-6

18 € •
Disponible


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