Librairie Mollat
Zoyâ Pirzâd
C’est moi qui éteins les lumières
Ecrivain phare du catalogue des éditions Zulma, Zoya Pirzad revient faire le bonheur des lecteurs et surtout des lectrices françaises avec son livre intitulé C’est moi qui éteins les lumières, traduction du premier roman qu’elle avait publié en Iran. C’est ainsi que l’on plonge avec délice dans le quotidien d’une famille arménienne installée à Abadan à travers le personnage de Clarisse, épouse et mère de famille dont le dévouement évoque plutôt un sens du sacrifice infini. Mais avant que l’on ne soit tenté de l’ériger en sainte et de lui vouer un culte, on se rend compte que ce beau parangon d’abnégation pourrait être plus vulnérable qu’il n’y paraît à première vue. Ainsi, l’installation d’une autre famille arménienne sonne définitivement le glas de la tranquillité d’esprit de Clarisse lorsque cette dernière se rend compte qu’elle passe volontiers du temps à s’entretenir avec son nouveau voisin, un veuf d’à peu près son âge. Moins encline à supporter le caractère taciturne de son mari féru de politique, l’envahissement récurrent de sa boulimique de soeur et de leur mère ainsi que les commérages de la communauté, elle découvrira peu à peu ses limites. Les lecteurs de Zoya Pirzad retrouveront dans ce merveilleux roman le même souci du détail et la même finesse d’analyse qui nous avaient séduit avec ses précédents livres, et surtout, on est une fois de plus frappé par sa dimension universelle.

Serge Pey
Le Trésor de la guerre d’Espagne
On croyait connaître Serge Pey qu’on avait classé trop tôt parmi les poètes remarquables de notre temps, et si cette affirmation n’est pas à atténuer il faudra désormais le compter parmi les plus beaux conteurs qu’on ait découvert récemment. Quand on songe que ce monsieur enseigne la poésie (cela s’enseignerait donc ?) dans une université toulousaine, on est en droit de considérer que l’étendue de sa gamme impressionne. Avec Le Trésor de la guerre d’Espagne paru aux éditions Zulma, il réussit là où beaucoup échouent : tisser un recueil de nouvelles dont l’unité ne nuit pas à la beauté de chacune. Parler de roman serait néanmoins trompeur ou pour le moins artificiel, même si certains personnages réapparaissent. Non, chaque histoire possède assez de force pour se lire seule, en écho avec celles qui précèdent ou suivront, éclats d’un projet magnifique qui redonne voix à des oubliés de l’Histoire. Le temps n’est pas vraiment dit, pour nous rappeler que sous le drame évoqué se déploie une universalité de la misère des temps difficiles. On reconnaît les années trente et quarante, le combat perdu des républicains et anarchistes espagnols placés en camps de concentration ou poursuivis, leurs enfants héritiers d’une guerre honteuse mais dont le sang contient de cette révolte bafouée. Les personnages sont souvent des perdants qui tiennent leur victoire ailleurs : dans le jeu d’échecs pour Chucho et Floridor qui tiennent en haleine leurs camarades prisonniers par des parties faites à distance qui se prolongeront la liberté revenue par des défis où il faut comprendre que l’important n’est pas de gagner. La nouvelle qui narre cette partie où les pièces sont remplacées par des verres d’alccol est sublime. La victoire peut aussi tenir à une corde où pend un linge qui tient lieu de message, à une barrique transformée en cercueil pour un enfant qui fuit la geôle immonde où on traite les gamins comme des chiens, à une horloge comme celle qu’est devenue la vieille Cega, aveugle dont les déplacements suivent les heures, à un écran de cinéma qu’on est trop pauvre pour voir en face et dont on va apprendre, à l’envers, à lire les sous-titres, à une plage où se retrouvent après des années d’attente les chercheurs d’un hypothétique trésor Républicain qui vont jouer ardemment de la pelle. Ces “récits d’enfance et de guerre” éclatent de ce merveilleux qui transmue l’horreur en or et la misère en argent ; ils ont surtout cette langue maîtrisée, sans affectation, une langue précise et déliée qui s’entend et qui charme. C’est peut-être le secret des poètes quand ils racontent des histoires : elles deviennent des chants.


Jean-Marie Blas de Roblès
Là où les tigres sont chez eux
« Il est vrai que 800 pages, cela a de quoi impressionner et que nous avons un peu tourné autour avant d’y plonger, mais une fois le pied dans le bain, impossible de regagner la rive avant la fin. Pris au piège, comme dans les romans feuilletons de naguère, on trimballe le pavé, on néglige la pile de livres au pied du lit, bref on profite….
[…] Impossible, vous l’aurez compris, de rentrer dans les détails de cet océan romanesque dans lequel on s’immerge, passant d’un tourbillon à un autre. Impossible aussi de ne pas militer pour cette bouffée littéraire qui balaie d’un grand souffle les petits courants égotistes trop souvent à l’honneur. Jean-Marie Blas de Roblès est de retour et on ne peut que louer Zulma d’avoir osé nous offrir ce pavé de bonnes inventions… »

Hubert Haddad
Nouvelles du jour et de la nuit: le jour
« Zulma a vingt ans et on a peine à le croire tant cette maison, aimée des libraires, paraît animée d’une jeunesse que la beauté de ses couvertures n’a fait qu’amplifier. Les anniversaires donnent souvent l’occasion aux éditeurs de lancer des opérations commerciales où le sac de plage le dispute au joli stylo (à durée de vie limitée, on se souvient avec amusement du crayon Phébus qui ne marchait que lorsqu’on ne s’en servait pas). Soucieuse de bon goût, la maison d’édition s’est offert et nous offre deux coffrets splendides qui magnifient l’œuvre de celui qu’on peut appeler “l’auteur-maison”, celui pour lequel ses éditeurs se battent depuis longtemps, Hubert Haddad. Grand nouvelliste trop méconnu pour ce domaine dans lequel il est un maître, fidèle à cette école de la “nouvelle fiction” qui fleurit à l’orée des années 90, il a à son actif une impressionnante bibliographie. Nouvelles du jour et de la nuit compile en deux mouvements les aspirations imaginaires de ce compositeur surdoué qui tisse des histoires à la frontière du rêve et de l’éveil, dans une langue tenue qui évite les pièges du baroque pour mieux nous emporter. Plaisir multiplié que ce bonheur de le redécouvrir ainsi peaufiné dans son écrin, cette édition est un hommage de taille, le genre de livres que ceux qui l’auront manqué regretteront. Zulma, vierge folle hors barrière a vingt ans et il n’est pas interdit de penser que c’est le plus bel âge de la vie… »

David Vincent

Benny Barbash
Little Big Bang
« L’auteur dont je souhaiterais vous entretenir aujourd’hui avait fait une entrée des plus tonitruantes sur la scène littéraire israélienne il y a une quinzaine d’années grâce à un roman intitulé My first Sony, que les éditions Zulma avaient eu la judicieuse idée de faire découvrir aux lecteurs français au moment du Salon du livre consacré à Israël. Il avait d’ailleurs remporté le Prix grand public à son issue. Peut-être vous en souvenez-vous, c’était il y a seulement trois ans…
Benny Barbash revient cette année pour notre plus grand plaisir avec un roman aussi délirant que le précédent dans lequel il donne une fois de plus la parole à un adolescent qui n’a ni la langue, ni les yeux dans sa poche. Mais pourquoi lui en voudrait-on de persister à recourir à cette astuce narrative si convenue quand on répète du matin au soir que la vérité sort de la bouche des enfants ?… C’est ainsi que Little Big Bang relate les tribulations d’une famille juive trigénérationnelle dont tous les membres sont rassemblés sous le même toit.
[...] Cette histoire pleine d’humour n’est évidemment pas à prendre au pied de la lettre. Oscillant entre naïveté et ironie, Little Big Bang se lit plutôt comme une fable qui nous plonge, l’air de rien, en plein cœur de l’histoire d’Israël. »

Fleur Aldebert

David Toscana
El último lector
« Un excellent éditeur, Zulma pour le nommer, a eu l’intelligente idée de l’écouter et ce que nous en a dit son traducteur s’est trouvé confirmé avec éclat : El último lector signé David Toscana est une réussite dont le grand Rulfo, ancêtre de tous les écrivains qui comptent en Amérique Latine, pourrait s’enorgueillir du haut de l’Olympe où l’ont placé les auteurs mexicains. […] La jubilation que l’on ressent à découvrir ce roman qui touche à ce qui nous importe le plus, la lecture, cette prison volontaire qu’on ne quitte pas sans danger, est intense. Ce serait dommage qu’au milieu du ras de marée mexicain, il ne surnageât pas. »

Hubert Haddad
Le Nouveau Nouveau Magasin d'écriture
« Le livre indispensable à tous les apprentis écrivains, tous les fous de littérature, tous les toqués de livres.
On imaginait qu’il n’y aurait qu’un monument : il y en a deux ! Comme ces pyramides qui se doublent d’une autre puis d’une autre pour constituer un champ monumental. Ainsi Hubert Haddad a osé récidiver et nous offre, juste avant les fêtes, un nouveau sujet de rêveries, de promesses et de bonheurs avec son Nouveau nouveau magasin d’écriture superbement mis en page par le prometteur Dominique Bordes, graphiste bordelais (lui-même à la tête d’une conspiration éditoriale nommée Monsieur Toussaint Louverture) qui s’est mis au service de ce vaste projet initié par Zulma dont la fidélité à l’œuvre de cet auteur prolixe force le respect. »

David Vincent

Le Visage Vert n°16
« Heureuse nouvelle, en ce jour où l’on peut gager que les teints vont se parer d’un hâle bienvenu, de découvrir un nouveau Visage vert. Il ne s’agit évidemment pas du résultat d’une nuit de débauche ou d’un lendemain de maladie mais du nom de la très fameuse revue consacrée au fantastique en littérature et désormais supportée par les éditions Zulma qui lui offrent un superbe écrin. […] Une fois encore le menu est particulièrement copieux et notre attente récompensée. Bronzer en compagnie de ce Visage vert ne serait pas la moins bonne idée des amateurs de littérature, mais en goûter les joies inquiétantes derrière des persiennes fermées ajouterait au plaisir. »

Audur Ava Ólafsdóttir
Rosa candida
« Beaucoup auront du mal à mémoriser son nom, cela ne les empêchera pas d’applaudir à son livre qui commence à faire sensation dans le monde des libraires ravis de le conseiller à leurs clients demandeurs d’originalité. Audur Ava Ólafsdóttir est donc islandaise, vous savez, de ce peuple lointain mais européen qui cultive la plus vieille langue d’Europe sur un sol particulièrement peu fertile mais où l’on compte le plus grand nombre d’écrivains au kilomètre carré. La crise de la littérature ne semble pas avoir affecté cette civilisation de l’écrit égarée dans la finance et la preuve en est faite avec Rosa candida qui paraît aux éditions Zulma, cet éditeur qui réhabilite la tapisserie pour orner les belles couvertures de ses livres : livre vert parcouru de rondeurs éblouissantes, ce roman nous emporte ou plutôt nous entraîne dans les pas d’un héros exaspérant de candeur et donc séduisant en diable, un jeune homme de vingt-deux ans qui quitte son île sans arbre pour traverser ce qu’on appelle là-bas le “continent” au volant d’une voiture, gardant précieusement avec lui trois plants de roses, une passion héritée de sa mère et cultivée avec une volonté qu’on dirait volontiers inflexible (les mots vont souvent ensemble) si elle n’était mâtinée d’une inquiétude et d’un tourment intérieur joliment analysés par l’aventureux voyageur.
[...] On entend déjà parler de “road movie”, cette exaspérante expression qu’on nous sort dès qu’un personnage accomplit plus de cent kilomètres en voiture, mais la route qui sinue sous les roues d’Arnljótur et dans sa propre tête n’est pas du cinéma : c’est le monde réel, inquiétant et fascinant dès qu’on prend le temps de le regarder lentement, une trace de l’homme dans un monde qui a oublié la beauté des roses et le soin qu’elle réclame. Faire simple n’est pas donné à tous les écrivains qui confondent souvent simplicité et pauvreté, la langue islandaise se prête sans doute mieux qu’une autre à la narration de l’essentiel et on peut se réjouir que la traductrice ait su trouver la voix qui convenait à cette histoire simple, ce personnage simplement complexe dans son monde fleuri d’épines. C’est ce qu’on appelle le charme et on peut assurer qu’en matière d’horticulture littéraire, Rosa candida n’en manque pas. »

Collectif
Cocktail Sugar et autres nouvelles de Corée
Il est fréquent de tomber sur des livres bons, mauvais, passionnants, inintéressants, etc. Alors quand une merveille débarque sans crier gare, il est de notre devoir de libraire de le crier sur tous les toits et de le défendre comme il se doit. C’est donc avec enthousiasme que nous accueillons sur notre table « Coups de cœur » Cocktail Sugar et autres nouvelles de Corée publié aux éditions Zulma. Le titre déjà nous invite à une douceur que nous retrouvons sans conteste dans le livre. Comme un sucre qui fond lentement dans la bouche, nous goutons la belle plume de ces huit auteurs qui partagent leur histoire tout droit sorti de leur imagination mais qui traduit avec clarté et honnêteté la vie coréenne actuelle. Certains d’entre vous diront certainement que les nouvelles ne sont pas à leur goût car c’est un style bien particulier. Cependant, nous pouvons vous affirmer que la fin de chacune ne laisse place qu’au désir d’en commencer une autre. De cette jeune fille qui nous parle de sa mère à travers un couteau de cuisine qui ne l’a jamais quitté, de cette petite fille qui combat la dépression de son père en silence, de cette femme que le temps n’a pas épargné ou de celle qui a bâti sa fortune sur l’avortement, nous retiendrons l’émotion qu’elles nous apportent ; de la joie, de la tristesse, de la surprise, de l’inquiétude… Aucune de ces nouvelles ne laissent indifférent. S’il fallait ne dire qu’un mot pour parler de ce livre, nous dirions : magnifique.



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