Pour en savoir plus sur l'auteur...
Né à Stockholm dans une famille nombreuse, mais aisée, August Strindberg (1849-1912) sera instituteur, acteur, journaliste, bibliothécaire puis écrivain à part entière. Le scandale de son roman l
a Chambre rouge lui vaut à trente ans la célébrité.
Dramaturge, romancier, nouvelliste, essayiste, peintre à l'occasion, et ardent polémiste, August Strindberg - né et mort à Stockholm - est assurément le génie phare de la Suède en pleine révolution industrielle et sociale. Diversement proche des Tolstoï,
Ibsen, Zola, ou Nietzsche, l'auteur de
Mademoiselle Julie semble rassembler, en une seule et folle entreprise de démolition des préjugés et des vanités, l'énergie créatrice de ses grands contemporains pour accomplir une œuvre nourrie de critique sociale radicale, d'investigation des abîmes de l'inconscient et de mise en activité volcanique d'un imaginaire réaliste toujours aux limites de l'expressionnisme visionnaire et torturé qui magnétise l'époque.
Dans ses pièces comme dans ses nouvelles, Strindberg est d'abord un magnifique investigateur, à la fois naïf et retors, d'une modernité à toute épreuve, et un conteur habile à perdre ses personnages dans les lacis d'une fatalité faite d'aliénation et d'injustice. Freud et Berthold Brecht auront probablement trouvé en lui une source d'inspiration inépuisable.
Sa correspondance à elle seule est un roman fleuve, une saga de la réalité convulsive de son époque, le témoignage des contradictions existentielles d'un nouveau Jean-Jacques qui voulut mettre à bas la bourgeoisie et le capitalisme. On y découvre un homme d'une santé créatrice en perpétuelle effervescence qui se plaint de tous les maux imaginables, un moraliste intransigeant qui emploie les pires tartufferies de Don Juan pour s'attacher l'une ou l'autre des femmes de sa vie, un poète sincèrement désintéressé qui harcèle chiffres en main la profession du livre pour obtenir des subsides, un misanthrope occupé à sauver l'humanité souffrante, un authentique expert de la sensibilité féminine qui oscille entre la plus outrée des misogynies et un féminisme d'identification évoquant D.H. Lawrence.
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Extrait de la préface d'Elena Balzamo
"Strindberg rédigeait des lettres quasi quotidiennement, parfois plusieurs par jour. En évoquant – dans une lettre! – sa production de l’été 1884, il mentionne, à côté des nombreux textes destinés à la publication, « 200 lettres », autrement dit plus d’une par jour pendant les trois mois estivaux. La raison de cette prolixité était avant tout pratique : au cours de son existence Strindberg se trouvait souvent loin de ses interlocuteurs; il a vécu près de quinze ans à l’étranger, et de façon générale il se déplaçait beaucoup, était éloigné de sa famille, de ses trois femmes successives, de ses enfants, de ses amis (et de ses ennemis), de ses éditeurs (réels et potentiels), de ses traducteurs, de ses bienfaiteurs et de ses créanciers. Les rapports avec tous ces gens se maintenaient par courrier.
Mais l’éloignement n’explique pas tout. Strindberg écrivait des lettres même lorsqu’aucune nécessité matérielle ne l’exigeait, il correspondait avec des personnes habitant la même ville, parfois une rue voisine, il poursuivait souvent par écrit une conversation entamée de vive voix – homme timide, il préférait la communication à distance; homme méfiant, il privilégiait le mode qui lui permettait de garder le maximum de contrôle.
En lisant la correspondance de Strindberg, on a l’impression d’assister en direct à une aventure intellectuelle et affective d’une intensité hors pair. Ecrire y compris écrire des lettres – est pour lui le synonyme de réfléchir, et ce mouvement de la pensée se reflète dans chaque mot, dans chaque signe de ponctuation. Scribo ergo sum pourrait être sa devise."