« Un jour, une voyante a affirmé à ma mère que son fils aîné – moi – en était à sa septième vie. La dernière.
Celle-ci débute en 1967 à La Seyne-sur-Mer. J’y suis né et j’y suis resté. Devant la mer.
J’ai beaucoup rêvé. D’abord, d’être Platini. J’ai passé la majeure
partie de mon enfance avec un ballon aux pieds. J’étais plutôt doué.
J’aurais pu. Mais une vilaine blessure a mis un terme à ma brève mais
prometteuse carrière. J’avais 13 ans quand mon genou gauche a craqué.
Boum. Un rêve qui s’effondre.
Ensuite, d’être David Lynch. J’avais 14 ans et je venais de voir
Elephant Man. J’ai passé une grande partie de la décennie suivante à
bouffer de la pellicule, à concevoir dans ma tête de sublimes images,
d’inoubliables dialogues, des scènes d’anthologie, à tourner des trucs
bizarres en super 8 et vidéo, à étudier le septième art. Bref, à me
faire des films. J’étais plutôt doué. J’aurais pu. Mais c’est le moment
où mon premier fils a débarqué à l’improviste. J’avais 23 ans quand il
est né. Boum. Un ange qui tombe.
Pendant cette période, j’ai aussi rencontré quelques illuminés du type
guitariste, bassiste, batteur, chanteur. Manquait plus qu’un pianiste.
Je me suis souvenu que j’avais fait des gammes dans une autre vie –
mais laquelle ? Je m’y suis remis. J’ai rêvé d’être Queen, Police et U2
réunis. J’ai rêvé d’être Thelonious Monk. J’ai fait de la variété dans
les bals, sur des places de villages. J’ai fait du rock dans des MJC et
des gymnases. J’ai fait du jazz dans ma chambre. Je n’étais pas très
doué. La musique n’a pas perdu grand-chose quand j’ai raccroché les
gants (ceux avec lesquels on aurait dit que je martelais le clavier).
Boum. Un coup de gong, et le silence qui suit.
Je suis devenu projectionniste. Un vrai boulot.
Entre-temps, et durant toutes ces années, j’ai lu. De tout.
Entre-temps, j’ai écrit. De tout. Beaucoup. Et j’y ai pris goût de plus
en plus. J’ai commencé à rêver d’être Steinbeck. Giono. Céline.
McCarthy, Garcia Marquez, Goodis, Melville, Crews… J’en oublie
certainement et pas des moindres.
Mon premier roman est sorti en 1996. J’avais 28 ans. Boum. Un rêve qui se réalise. Enfin.
D’autres ont suivi. Des bouquins et des fils - car j’ai décidé de ne
faire que des garçons. Et puis j’ai cessé d’être projectionniste. Et
puis j’ai continué à écrire. Et puis j’ai chargé et déchargé des
camions. Et puis j’ai continué à rêver. Et puis j’ai vendu des choses
sur Internet. Tout et n’importe quoi. Ce genre de choses. Et puis j’ai
continué à écrire. Et rêver. Et écrire. Et puis voilà.
Et parfois… parfois, en relisant ces histoires que j’écris, je me
demande ce qu’il a bien pu m’arriver au cours de mes six précédentes
vies. »
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"Qu'il écrive pour les adultes ou pour les plus jeunes, Marcus Malte mérite de figurer dans le carré d'as des stylistes français."
Claude Mesplède, Le Magazine littéraire