Pour en savoir plus sur l'auteur...
Marqué par l’influence des classiques espagnols et par des écrivains
latino-américains comme Onetti et Donoso, David Toscana a publié cinq romans et un
recueil de nouvelles.
Son œuvre est largement traduite en anglais, mais aussi en allemand, arabe, grec, portugais, italien et suédois.
"De page en page, on voit double, on voit triple, on voit magique.
Certains ont l'alcool gai. Toscana a l'imagination heureuse."
Frédéric
Vitoux, Le Nouvel Observateur
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Trois questions à David Toscana…
David Toscana, les romans évoqués dans votre Último lector peuvent être
vus comme des personnages à part entière. En cours d’écriture, les
avez-vous traités comme tels ?
Je suis très content que vous l’ayez remarqué, parce que oui, l’idée
est qu’un livre marquant a un esprit qui lui est propre et, de cette
façon, les livres sont traités comme des personnages dans mon roman ;
mais dans la vraie vie, des livres sont comme des personnes, ou des
expériences vécues. C’est difficile à expliquer, car nous parlons d’un
roman avec de la fiction dans la fiction, mais j’irai un cran plus loin
en affirmant que Babette n’est pas un personnage, mais une vraie
personne comme Lucio ou Remigio ; et donc, la Mort de Babette n’est pas
un livre, c’est la mort de Babette, un événement.
Les vrais lecteurs sont persuadés que Gregor Samsa est réellement
devenu un insecte, qu’un misérable ivrogne rencontré dans la rue
s’appelle Marmeladoy, qu’ils pourraient aimer madame Bovary plus que
Madame Bovary, que la chrétienté n’existe pas à cause du Christ mais à
cause de ce merveilleux roman appelé la Bible, et qu’ils doivent plus à
Don Quichotte qu’à leur propre père.
Croyez-vous, comme Lucio, en ce « présent permanent » de la littérature ? Est-ce votre réponse à la mort ?
Lorsqu’on lit un roman, on est avec lui dans le présent, peu importe
qu’il soit raconté au passé ou si le livre précise que l’action eût
lieu cent ans auparavant. Quand nous parlons de romans, nous utilisons
le présent. Les lecteurs disent « Anna Karenine est » et non « Anna
Karenine était». Et, par ailleurs, un historien, qui lui s’occupe de
choses supposées vraies, dira « Napoléon disait ». La vie éternelle
existe dans les romans, les personnages peuvent mourir au dernier
chapitre, mais ils revivront dans le premier. Et ils re-naissent vraiment, car ils ne sont jamais les mêmes.
J’aimerais que cela puisse être une réponse à la mort, mais c’est seulement une protestation qui ne sera pas entendue.
Savez-vous sur quoi portera votre prochain roman ?
Oui, je suis en train d’écrire une histoire qui va lier à un niveau
émotionnel ma ville, Monterrey, à Königsberg, à l’est de la Prusse, à
la fin de la Seconde Guerre mondiale.
Entretien réalisé par Christine Jeanney pour Culturofil
(Propos traduits de l’anglais par Delphine Kilhoffer)